Hidjrah - Émigration

Les Quuraïshites Mecquois persécutaient, malmenaient, insultaient et ridiculisaient Mouhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et les premiers musulmans qui avaient proclamé leur foi (Îmaan) en un Dieu (Allah) unique. Ils accablaient d'invectives ce petit groupe à un tel point qu'il devenait impossible pour ces adhérents de l'Islâm de pratiquer en liberté leur culte. De plus, par leurs menaces, ils effrayaient tous ceux qui voulaient embrasser cette Dîne (religion), Al-Islâm.

Le Prophète Mouhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam) lui-même, ainsi que ses disciples souffraient d'énormes atrocités tant sur le plan moral que physique. Tantôt on le considérait comme fou, tantôt on lui faisait subir la plus abjecte des plaisanteries.

Un jour que le Messager d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) priait à la Kaaba, sans se préoccuper des regards furieux de ses adversaires rassemblés. Sur l'ordre d'Aboû‎ Djahl, un homme alla chercher à l'abattoir des entrailles de brebis. Il choisit celles d'un animal abattu depuis plusieurs jours, puis, tandis que le Messager d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) se trouvait prosterné dans sa Salaah (prière), il lui en couvrit la nuque et les épaules. Ce fut sa fille Fatima (Radiyallahou anhou‎) qui, arrivée plus tard, rejeta au loin cette ordure. Toute l'assistance fut secouée de rire et se tapais le dos.

Excités ou terrorisés par ces fanatiques la plupart des Mecquois repoussant Muhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam), on le fuyait. Les enfants et les habitants le poursuivaient sans pitié dans la rue en lui lançant des quolibets.

Par leurs menaces, ils effrayaient ceux qui cherchaient à se rapprocher de l'Envoyé d'Allah. Ils sifflotaient, claquaient des mains, hurlaient à tue-tête des vers des poètes idolâtre (comme eux) pour empêcher les gens d'entendre la lecture du Qour'aan‎‎ (livre d'Allah) que faisait Muhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam) sur le seuil de la Kaaba.

Les persécutions devenaient de plus en plus barbares. Et l'Envoyé d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) à la vue des supplices endurés par ses disciples, fut accablé d'une intense tristesse. Et comme solution, il conseilla à un groupe de croyants d'abandonner Makkah (Hidjrah) et d'émigrer vers Abyssinie, pays habité par des chrétiens dont leur chef (Le Négus) était réputé pour sa tolérance et sa justice.

Cette émigration (Hidjrah) avait pour but d'éviter que le sang ne soit répandu à la Mecque et d'autres part, c'était une épreuve pour les croyants sincères car seuls les sincères accepteraient de tout quitter pour sauvegarder leur (Îmaan) foi. Contrairement à certains d'entre nous qui acceptons d'abandonner notre Dîne (religion) pour sauvegarder nos intérêts matériels et nos jouissances éphémères.

Puis, Muhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam) organisa le départ progressif de ses fidèles vers la ville de Yathrib (Madînah).

 

POURQUOI MADÎNAH

Les Mecquois développèrent une grande méfiance pour l'Envoyé d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et ils le fuyaient comme la peste. Mais cela ne découragea guère l'Élu d'Allah dans sa mission. Il n'arrivait aucun personnage important à Makkah (Mecque) qu'il ne courut immédiatement à lui. Ainsi, dévia-t-il ses efforts vers les étrangers attirés en masse, vers la Mecque, pour les cérémonies du pèlerinage autour du Kaaba.

Un jour, sur la colline d'Aqaba, le Messager d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) aborde un groupe de nouveaux arrivants qui étaient en fait les chefs des tribus juifs (Khazradjes). Il leur récita des versets du Qour'aan‎‎ et les invita à l'Islâm. Charmés par ses paroles, ils répondirent à son appel. Ils retournèrent dans leur ville (Madînah) et revinrent avec douze autres convertis (y compris deux de la tribu Aûs), l'année ensuite. Ainsi, dans Yathrib (Madînah) l'Islâm ne rencontra pas les difficultés qui entravaient son essor à Makkah (Mecque). Les quelques compagnons déjà émigrés et les nouveaux convertis de Yathrib (Médine) trouvèrent leur tâche aisée et l'Islâm fut répandue dans presque tous les quartiers de Médine (Madînah) avec une rapidité foudroyante.

Ainsi, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam), possédait désormais un asile assuré dans la ville de Madînah et c'était pour cette raison qu'il ordonna à ses fidèles disciples de s'y refugier. Mais cette émigration (Hidjrah) vers Madînah porta au paroxysme la colère des Quuraïshites de la Mecque. Ils se réunirent en conseil et prirent la résolution d'éteindre le flambeau de l'Islâm et de mettre à mort le messager d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam).

Le conseil perfide réuni reçut l'approbation unanime de l'assemblée et les infidèles croyaient se débarrasser de leur ennemi, mais ils comptaient sans la volonté du Tout Puissant. L'Ange Gabriel (Djibrîl (Alaihis Salaam).), envoyé par Allah, prévient le messager du complot tramé contre sa vie et lui intima l'ordre d'émigrer à son tour.

Le premier tiers de la nuit s'étant écoulé, les conjurés se placèrent en embuscade derrière la porte de la maison du Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) afin de l'empêcher de s'évader. Mais celui qui ne dort veillait sur son Envoyé.

Et le Messager d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) sortit tranquillement de sa demeure tout confiant de la protection de son Créateur unique.

"Or, Allah lui a bien porté secours le jour où les mécréants l'avaient banni... Puis Allah fit descendre sur lui la tranquillité, et l'aide d'armées que vous n'avez pas vues et fit plus basse la parole des mécréants, tandis que la parole d'Allah reste la plus haute. Et Allah est puissant, sage." (9:40)

Alors que la Mecque complotait ainsi contre Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam), Madînah, lui, préparait au contraire un accueil enthousiaste et solennel. Il ne leur manquait qu'un chef (physique) pour être leur guide spirituel. Et Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) voyant une terre fertile et une soif insatiable pour la religion de la part des Ançaar tandis que les Mecquois ne voulaient pas boire à cette source spirituelle, il décida, par l'ordre de son créateur d'aller vers ce peuple déjà éduqués et formés par la foi (Îmaan). Il est à noter que les Ançaar pratiquaient déjà l'Islâm avant même d'avoir un chef (physique). Contrairement de nos jours où beaucoup de musulmans optent pour un chef croyant tout comme Aboû‎ Bakr Siddîque (Radiyallahou anhou‎) sans être eux-mêmes pratiquant et dont le comportement symbolise celui d'Aboû‎ Djahl.

Cette émigration (Hidjrah) de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) eut lieu un lundi, le douzième jour du mois de Rabî-oul-Awwal et est devenue partie intégrante de l'histoire musulmane. Cette arrivée à Madînah constitue un élément essentiel pour la construction d'une société Islamique et est l'un des premiers pas vers la formation d'un État Islamique. On peut aussi lui conférer un sens particulier, c'est-à-dire, La Rupture avec l'Ignorance. Le Refus du Mal ou Rejet de l'Infidélité. Bref, en un mot, le Triomphe de La Vérité sur le Mensonge.

LA SIGNIFICATION DU MOT HIDJRAH

Le mot Hidjrah est dérivé du mot Hajara qui signifie littéralement renoncer, abandonner, quitter etc. Islamiquement parlant, Hidjrah veut dire l'abandon d'un endroit ou d'un pays où on ne peut déclarer sa foi en Islâm, ni la pratiquer ni la prêcher pour s'émigrer dans la voie d'Allah vers une autre terre où on a la liberté de vivre conformément aux préceptes Islamiques.

Le Hidjrah de Makkah à Madînah, au temps du Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) était (Farz) obligatoire. Mais cette obligation fut enlevée après la prise de Makkah.

"Il n'y a plus d'hégire (Hidjrah) après la conquête de Makkah". D'ailleurs après la conquête de Makkah, elle était déjà un Dar-us-Salaam.

QUEL EST NOTRE HIDJRAH ?

De nos jours, le Hidjrah ne comprend pas l'émigration vers Madînah ou même vers une autre terre mais consiste l'abandon d'un milieu qui décourage la pratique de notre Dîne (religion). Or, le Hidjrah reste néanmoins (Farz) pour nous dans le sens de s'abstenir des choses défendues et de pratiquer l'Islâm selon les enseignements Islamiques.

Même si on vit dans un pays non-musulman (Kaafir) et on pratique son Dîne tout en évitant de commettre les péchés, qu'ils soient ouvertement ou en secret, on est considéré comme un Mouhaadjir (celui qui a fait le Hidjrah). Par contre, on peut bien habiter un pays musulman sans toutefois pratiquer les lois Divins, en ce cas, on ne peut être considéré comme un Mouhaadjir.

"Le (vrai) Mouhaadjir ‎ est celui qui s'abstienne de tous les péchés défendus par Allah."

Or, le déplacement n'est pas important en lui-même, mais la pratique de Dîne et l'abandon des mauvaises actions qui comptent. Ainsi, notre Hidjrah ne prendra pas fin jusqu'à que le soleil ne se lève à l'ouest et le Taubah (repentir) ne soit plus accepté.

LE HIDJRAH EST LE CALENDRIER ISLAMIQUES

On ne peut bien connaître les évènements qui se sont produits pendant la période de l'histoire que lorsqu'on peut les situer dans le temps, c'est à dire leur donner une date. Ainsi, l'année de l'émigration du Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a été adoptée par les musulmans comme point de départ de leur ère. Selon Boukharî Sahl bin Saad (Radiyallahou anhou‎) a dit :‑

"Ils n'ont pas compté les années à partir de l'année de La Révélation (Wahî) ni à la mort du Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) mais depuis l'arrivée de Muhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam) à Madînah (Hidjrah)."

POURQUOI CE CHOIX ?

Durant le règne de Umar-ibn-Al-Khattaab (Radiyallahou anhou‎) (le chef des croyants et 2ème Calife de l'Islâm), Aboû‎ Moûçaa (Radiyallahou anhou‎) l'avait écrit une lettre, mentionnant la difficulté encourue par lui pour l'application de ses ordres car aucun repère (année), n'apparut sur ses lettres. Ainsi, Umar (Radiyallahou anhou‎) décida de réunir ses conseillers pour une concertation (Choûraa‎) mutuelle à ce sujet. Certains des conseillers ont suggéré de commencer notre ère à partir de la naissance du Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam), d'autres depuis sa mort ou encore depuis sa première révélation. Mais c'était la suggestion de A'lî‎ bin Abî Taalib (Radiyallahou anhou‎) qui fut retenue. Il avait trouvé nécessaire de commencer l'année Islamique à partir de l'émigration de Muhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam) vers Madînah (Hidjrah 17ème).

Bien que le Hidjrah du Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) eut lieu au mois de Rabî-oul-Awwal, l'ère Islamique était compté à partir des premiers émigrants (Mouhaadjirîne) vers l'Abyssinie c'est-à-dire dans le mois de ‎Mouharram qui était aussi le premier mois du calendrier des arabes pré-islamiques.

 

QUEL CONTRASTE !

Le Prophète Muhammad (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et ses compagnons ont fait d'immenses sacrifices pour la gloire et la beauté de l'Islâm. Ils ont tout sacrifié : patrie, honneur, richesses, confort etc. pour sauvegarder leur Îmaan (foi) et pour répandre l'Islâm dans les quatre coins du monde. L'histoire abonde en exemples de ce genre et, en voici un : ‑

Durant la première année de l'émigration (Hidjrah) un des compagnons de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam), Souhaib (Radiyallahou anhou‎) fut brusquement intercepté alors qu'il s'apprêtait à quitter La Mecque (Makkah). Les Infidèles de la Mecque ne voulaient pas le laisser partir pour la bonne et simple raison qu'il avait foi (Îmaan) en un Allah (Dieu) unique. De plus, ils déclarèrent qu'il avait été, jadis un homme pauvre et bas et que maintenant il était devenu riche et jouissait d'un statut élevé, choses qu'ils attribuèrent aux efforts et contributions des habitants de la Mecque.

Souhaib (Radiyallahou anhou‎) se trouva perplexe car il était devant une situation difficile et délicate. Il demeura pensif un instant et déclara par la suite : "Puisque c'est ainsi, j'accepte de tout abandonner - biens, fortunes, richesses, honneur etc. pourvu qu'on me laisse partir en paix." Et on lui accorda cette faveur. Un si grand degré de Îmaan (foi) et un grand amour pour le messager d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) étaient ancrés au fond de son coeur à un tel point que toutes ses richesses, toutes les délices qui l'environnaient n'étaient plus que de la poussière à ses yeux.

Il avait compris que le salut et la réussite dans ce bas monde et dans l’au-delà ne se trouvaient pas dans les vastes richesses et dans l'honneur mais bien au contraire dans la lutte, la persévérance et la patience. Il a préféré le plaisir d'Allah et de son Messager aux choses et aux êtres qu'il chérissait le plus.

De nos jours, c'est bien le contraire qui se manifeste. Nous sommes plus attachés aux choses mondaines et ses jouissances éphémères au détriment de notre Dîne (religion). Nous avons accepté de tout sacrifier - Salaah, Zakaat, Hadj, Aumône, fraternité etc. pour satisfaire chaïtaan dans la plus grande mesure du possible.

Pourtant, l'Islâm donne plus d'importance à l'avancement moral et spirituel qu'aux choses, qu'on chérit et enseigne à ses adhérents, à se préparer à sacrifier n'importe quoi pour répondre à l'appel de notre Dîne-Al-Islâm.

Ô‎‎ Vous qui êtes captivés par le stratagème de chaïtaan (Satan), réveillez-vous et tenez-vous fermement à la corde d'Allah.

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.1 No.1]