Housné Aamaal

"Qui donc professe une meilleure religion que celui qui se soumet à Allah, celui qui fait le bien, celui qui suit la Religion d'Abraham, un vrai croyant. Allah a pris Abraham pour ami." (4:125)

C'est ainsi qu'Allah Ta'aala divulgue à l'humanité le critère du mérite et de maqbouliyat (acceptation) auprès de Lui, l'Eternel Créateur de l'Univers.

A la lumière de ce critère on peut facilement déduire qui sont ceux qui sont maqboûl (acceptés) et ceux qui ne le sont pas.

En premier lieu, on trouve que le maqbouliyat repose sur deux points importants qui, s'ils sont dissociés l'un de l'autre ne peuvent apporter le même résultat. L'absence de l'un ou de l'autre fait que tous nos efforts tombent à l'eau.

C'est comme si on a préparé un mets délicieux mais on a volontairement omis le sel. Le résultat, c'est un plat insipide.

Tout comme la présence du sel est importante, la coexistence de ces deux points dans la vie est aussi très importante, car on voit dans ce monde que tous les égarements ou mauvaises actions sont engendrées par l'absence d'un de ces deux points.

Si nous faisons une analyse entre musulmans et non musulmans, ou même entre divers groupes de musulmans, nous verrons clairement que l'égarement et le déshonneur - la bassesse - dans lesquels l'homme est tombé n'est que le résultat d'un éloignement ou d'une négligence d'un de ces deux points.

Mais quels sont ces deux points au juste ?

Ce ne sont rien d'autre que (i) la soumission totale à la volonté d'Allah Ta'aala et (ii) l'Ihçaan‎‎, qu'on appelle aussi Housne A'mal ou la beauté ou perfection de l'action.

Le premier point signifie que nous devons suivre seulement ce qu'Allah Ta'aala a ordonné dans tous les aspects de notre vie. Ce n'est pas seulement au Masjid qu'il faut obéir aux commandements du Seigneur des mondes. Notre vie entière doit être régie d'après les principes islamiques.

Nous ne suivons pas la loi d'Allah Ta'aala seulement au Masjid et celle des Ahl-é-Kitaab ou de Marx ou de n'importe qui en dehors. Nous ne disons pas oui aux ordres du Créateur tout en préférant le "Code Napoléon" à la loi du Charî'ah. Nous ne disons pas "Labbaïk" pendant le Hadj alors que le coeur est toujours attaché à ces magnétoscopes (vidéos) qui nous polluent l'esprit. Nous n'accomplissons pas la Salaah d'après le Charî'ah pour ensuite nous marier sous le "Code Napoléon"…

Comment peut-on gagner de l'argent dans les limites du Charî'ah pour ensuite le dépenser de la façon prescrite par tel ou tel économiste ? Est-il logique que nous portions de grands noms tels que Faatimah, Zaïnab, Aa'ichah, Mariam, etc. tout en adhérant au "Women's Liberation Movement" sous prétexte qu'Allah Ta'aala n'a pas honoré la femme suffisamment ?

Nous devons comprendre qu'il faut absolument que nous soyons sincères envers Allah Ta'aala et son Raçoul (Sallallaahou A'laihi Wasallam). A travers nos actions doivent se manifester notre amour et notre dévouement pour le Créateur Unique et Son Messager.

Nous ne pouvons chérir dans notre coeur un amour pour deux choses qui sont diamétralement opposées.

Une femme mariée qui a de l'affection pour un autre homme ne peut être sincère envers son mari si elle continue à penser à l'autre et manifeste cet amour à travers son comportement.

Alors nous, musulmans, qui avons accepté Allah Ta'aala comme Unique Créateur et avons pris engagement envers Lui, nous ne pourrons être sincères quand la plupart de nos actions, nos comportements et nos transactions sont d'après un système tout à fait différent de celui établi par Allah Ta'aala.

C'est quand nous nous sommes soumis à Allah Ta'aala que nous pouvons atteindre cette sincérité, tous comme la femme qui ne sera aimée et chérie par son mari que quand elle sera devenue sincère envers lui et non envers un autre.

Donc, la soumission totale est sans aucun doute très nécessaire pour être maqboûl auprès d'Allah Ta'aala, mais elle ne suffit pas. La soumission doit être accompagnée de l'Ihçaan‎‎ ou le Housne A'mal.

Pour qu'une action soit acceptée il ne suffit pas qu'elle ait été accomplie avec sincérité. La sincérité est essentielle mais il est indispensable qu'elle soit en conformité avec les enseignements de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam).

Prenons un exemple simple : une personne qui jeûne le jour d'Eid ou qui accomplit la Salaah au moment du lever ou du coucher du soleil ou pendant la période où les Salaahs‎‎ Nawaafil ne sont pas permises. En dépit du fait que la personne peut avoir accompli ces actions avec une grande sincérité celles-ci ne seront pas acceptées par Allah Ta'aala puisqu'elles sont à l'encontre des enseignements de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam).

Une fois Hazrat A'lî‎ (Radiyallahou anhou‎) vit une personne accomplir la Salaah dans le Eid Gah, alors il l'en empêcha et la personne demanda : ‎‎, A'lî ! Penses tu qu'Allah Ta'aala me punira pour cette Salaah là ?"

Hazrat A'lî‎ (Radiyallahou anhou‎) lui répondit : "Non, Allah Ta'aala ne te punira pas parce que tu as accompli cette Salaah, mais te punira parce que tu es allé à l'encontre du Tarîqa de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) en ce qui concerne cette Salaah."

Il est à noter qu'il n'y a pas de Salaah Nafl le jour d'Eid entre la Salaah de Fadjr et la Salaah de Eid. Et après la Salaah de Eid, la Salaah de Nafl ne peut être faite qu'à la maison.

De même, quelqu'un peut connaître et mettre en pratique les principes établis pour chaque Ibaadah‎ par Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) mais il le fait pour se faire voir des gens afin d'être considéré comme un pieux, c'est à-dire il y a absence de 1'Ikhlaas (la sincérité). Sachons qu'une telle action est rejetée par Allah Ta'aala en ce qui concerne le çawaab.

Ainsi nous voyons l'importance de l'Ihçaan‎‎ aussi bien que celle de 1'Ikhlaas. Ces deux éléments doivent coexister pour que nos actions soient acceptées. L'absence de l'un ou de l'autre engendre une faiblesse et des manquements dans tout ce qu'on accomplit.

Ceux qui, hier, ne pouvaient se passer l'un de l'autre, ne peuvent même pas se sentir aujourd'hui. Ceux qui, hier, étaient unis par le mariage, sont divorcés aujourd'hui. Il y a ceux qui accomplissent les cinq Salaahs‎‎ quotidiennes mais qui conservent leurs vilaines manières. Il y a aussi ceux qui vont au Hadj chaque année pour retourner avec des magnétoscopes... c'est le résultat néfaste de l'absence de l'Ikhlaas ou de l'Ihçaan‎‎.

L'Ikhlaas concerne l'intérieur (baatin/le coeur). L'Ihçaan‎‎ concerne l'extérieur (zaahir). Des manquements dans la sincérité occasionnent un désordre (façaade) dans le Baatin (l'intérieur), ce qui fait la personne devenir Mounaafiq, car sa bouche ou ses actions montrent une chose alors que dans son coeur il y a le contraire.

Par contre, des manquements dans le zaahir (l'extérieur) mènent la personne à l'égarement. Donc pour être un vrai Mou'mine, le Baatin et le Zaahir doivent être parfaits.

A la lumière de cet exposé nous pouvons remarquer que toutes les communautés ou religions qui se sont égarées à travers l'histoire l'ont été soit parce que leurs adhérents n'étaient pas sincères, soit parce qu'ils avaient dévié de l'Ihçaan‎‎ et s'étaient ainsi égarés malgré leur sincérité. C'est bien cela qu'Allah Ta'aala nous montre dans le dernier verset du Sourah Faatihah :

"Ceux qui ont encouru ta colère et ceux qui se sont égarés."

Pour le premier groupe, ces gens ont encouru la colère d'Allah Ta'aala car, aveuglés par leurs passions et désirs, ils se sont soumis à ces derniers et non à la loi d'Allah Ta'aala - ils n'avaient point de sincérité.

Quant à ceux du deuxième groupe, ils avaient voulu pratiquer le Dîne à leur façon et non pas comme le Créateur et ses Messagers (Alaihis Salaam), à travers le temps, l'ont enseigné. Le premier groupe a été rejeté pour sa passion et le second pour sa confusion.

Comme on l'a déjà mentionné, le Housne A'mal est aussi important que l'Ikhlaas. Ces deux qualités doivent exister en celui qui veut devenir un vrai Mou'mine. Souvent on a l'impression que si l'intention est bonne, alors l'action l'est aussi. Comme on le dit chez nous, "Le coeur propre...." Cette notion n'est pas mauvaise mais la sincérité - la bonne intention - doit être accompagnée du Housne A'mal pour la réussite comme démontré à travers les exemples cités plus hauts.

On ne doit pas oublier que l'Islâm est le Çiraat-oul-Moustaqîme‎ et ce n'est que celui qui empruntera ce chemin (Çiraat) qui arrivera à destination. Aussi, nul ne peut rester sur le Çiraat-oul-Moustaqîme‎ sans le Housne A'mal. Il est clair que les enseignements de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) montrent le degré et la façon de faire de chaque chose et que si on diminue ou augmente quoi que ce soit, ce sera à l'encontre de Housne A'mal.

Par exemple, accomplir trois au lieu de quatre Rak'aats pour la Salaah de Zouhr ou quatre au lieu de trois Rak'aats pour celle de Maghrib est unanimement reconnu comme haraam.

Apporter des changements dans les structures des principes ou des conditions établies par Allah et son Raçoul (Sallallaahou A'laihi Wasallam) en ce qui concerne l'Ibaadaat‎‎ n'est pas permis en dépit du fait que cela peut paraître beau. Le Hadîce qui suit illustre bien cela.

Anas bin Malik (Radiyallahou anhou‎) rapporte :

"Un groupe de trois personnes allèrent chez les épouses du Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et demandèrent comment le Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) adorait Allah et quand ils en furent informés, ils considérèrent leurs adorations insuffisantes et dirent : "Où sommes-nous par rapport au Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) car ses péchés passés et futurs ont été pardonnés."

Puis l'un deux dit, "Je ferai la prière toute la nuit pour toujours."

L'autre dit, "Je jeûnerai tout le long de l'année et ne romprai pas mon jeûne."

Le troisième dit, "Je resterai loin des femmes et ne me marierai jamais."

Le Messager d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) vint vers eux et dit, "Êtes-vous les mêmes personnes qui ont dit certaines choses? Par Allah, je suis plus soumis à Allah et je le crains plus que vous ; pourtant je jeûne et je romps mon jeûne, je dors et je me marie aussi. Alors celui qui ne suit pas mon Sounnah en religion n'est pas des miens."

Ainsi, toutes les innovations que Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a déclaré comme étant égarement et sur lesquelles il a mis l'emphase de s'abstenir, sont haraam à cause de l'absence de Housne A'mal.

C'est pourquoi on dit qu'une personne ignorante qui fait beaucoup de Ibaadaat‎‎ accompagnés d'innovations pour le plaisir du Créateur, et ceci avec une grande sincérité, ne reçoit point de çawaab mais qu'au contraire il commet des péchés en s'éloignant du Charî'ah.

D'ailleurs le Qour'aan a mis beaucoup d'emphase sur le Housne A'mal et non sur la qualité d'actions parce qu'un minimum de A'mal d'après le Tarîqa de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) représente beaucoup plus qu'un maximum de A'mal sans que les principes de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) aient été observés.

De même, pour que les efforts que le monde entier fait pour propager le Dîne soient valables, il faut absolument qu'ils soient appropriés. S'ils ne le sont pas, même s'ils peuvent paraître grands ou beaucoup, on n'obtiendra aucun bénéfice.

En bref, le Çiraat-oul-Moustaqîme‎, le progrès mondain et spirituel se trouvent uniquement dans la sincérité envers Allah ET dans l'Ittibaa (l'obéissance) de son Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam).

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.1 No.4]