Mauvaise fré‎quentation

Il y a trois façons de désapprouver une action qui ne correspond pas aux règles islamiques :

  1. Avec la force - ceci s'applique surtout aux chefs d'états, parents et professeurs.
  2. Avec la bouche - ceci s'applique aux savants de Dîne mais aussi au public en général si on a une connaissance adéquate de ce que l'on veut désapprouver.
  3. Avec le coeur - ceci s'applique à tout le monde et veut dire : éprouver du dégout en son coeur pour la mauvaise action à laquelle on est confrontée.

Un "Mou'mine" (croyant) se doit de désapprouver toute mauvaise action par au moins une de ces trois façons. C'est la condition sine qua non de son attestation de foi ; c'est une exigence automatique de son Îmaan. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a qualifié la troisième façon de désapprouver comme relevant du dernier degré d'Îmaan. Dans un autre Hadîce il a même déclaré qu'au dessous de ce troisième degré il n'y a plus d'Îmaan, pas même de la dimension d'une graine de moutarde.

Voilà pourquoi le Charî'ah interdit aux musulmans d'être présents en un lieu, à une assemblée où on pratique le mal. En fait, quand on est continuellement confronté à une pratique honteuse, le dégoût exigé par notre Îmaan s'estompe graduellement et finit par disparaître tout à fait avant d'être remplacé par une approbation du mal. De la désapprobation du mal on passe donc à son approbation mais dans ce processus, notre dégoût original se déplace pour se reporter enfin sur l'enseignement islamique. N'y a-t-il pas de 'musulman' qui affiche leur dégoût au port de pardah, pour ne citer qu'un exemple parmi tant d'autres ?  Voilà pourquoi et comment au fil des temps et des générations - si ce n'est dans une seule et même génération - beaucoup de nos frères et soeurs, tout en attestant de bonne foi leur identité de musulman, en arrivent à changer de camp sans s'en rendre compte. A titre d'exemple, l'indécence qui sévit dans notre société - il n'y a pas un coin de rue, un autobus où l'on monte, un magasin où l'on entre ou ses abords, une file d'attente à la gare, un bureau ... bref, il n'y a plus un seul lieu où nos collègues ou concitoyens n'affichent leur indécence. Quand on rajoute tout ce qu'on voit à la télé et au cinéma, l'indécence finit par avoir tellement droit de cité chez nous, qu'elle ne choque plus. Inversement c'est le contraire - l'état de pardah, la décence - qui choque. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le musulman contemporain au lieu d'éprouver du dégoût pour l'indécence, s'en délecte et se révèle être très souvent le premier à s'offusquer devant le port de pardah par nos rares soeurs qui ont eu le courage de retourner à l'enseignement islamique. Il y a même des familles qui objectent à ce que leurs filles portent "chousse" et "horni" pour aller au collège ou ailleurs tant ces deux items vestimentaires ont fini par être considérés comme signe de vieillesse dans notre esprit corrompu.

"FREQUENTER"

Il y a aussi la très vilaine pratique de "fréquenter" avant le mariage qui n'a épargné presque aucune famille jusqu'ici. Ceux qui pratiquent un peu le Dîne et éprouvent un certain souci n'ont pas trouvé mieux que de remplacer la fréquentation à deux par une fréquentation en famille ; ce qui est également blâmable car on ne remplace pas un mal par un autre mal. Un garçon qui n'est pas encore marié à une fille demeure pour elle un étranger. Et en tant que "ghair mahram", il n'est pas en droit de courtiser la fille même si c'est en présence des autres membres de la famille. D'ailleurs, c'est bien de la sorte qu'on entend souvent que le garçon a rompu sa demande en mariage pour la fille - entretemps il est tombé amoureux de la soeur cadette !

RASAGE DE LA BARBE

Autre exemple : celui de se raser la barbe. On a tellement côtoyé les "Ghair Qaûm" et on s'est tellement laissé influencer par les cultures étrangères que porter une barbe finit par être considéré comme étant un obstacle à la beauté. Pourtant c'est bel et bien un Sounnah pratiqué par Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et les Sahaabah (Radiyallahou anhoum‎). Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a même considéré le rasage de la barbe comme un signe de "moushrik." Allaamah‎‎ Shaamî (R) dans son livre Raddoul Mouhtaar dit clairement que personne parmi les Salaf-é-Saalihîne n'a jamais autorisé le rasage de la barbe. Pourtant nos frères confient souvent le poste important de Moutawalli à ceux qui se rasent la barbe ; ce qui démontre clairement que pour les musulmans en général se raser la barbe ne représente aucune entorse aux règlements islamiques et conséquemment ils n'en éprouvent aucun dégoût.

'SHORT'

Autre pratique blâmable qui concerne même des Namaazîs (cinq sur cinq quotidiennement) - celle de demeurer en "short." La fille a les genoux exposés tandis que le garçon vaque à ses occupations en "maillot" même en dehors de la maison.

En bref, les musulmans de nos jours ont été tellement exposés à toutes ces pratiques honteuses que le dégoût qu'ils devraient en éprouver n'existe plus. Cependant ce dégoût n'a pas disparu du jour au lendemain. C'est en fait un processus lent qui ronge en profondeur sans que les effets ne soient immédiatement visibles à la surface. C'est un virus qui sape le fondement de notre Îmaan et qu'on ne saurait appeler autrement que "la mauvaise fréquentation."

La mauvaise fréquentation entraîne trois changements chez nous :

  1. Une pratique illégale du point de vue islamique mais qui est perpétrée par le plus grand nombre au lieu de nous choquer finit par devenir une chose banale avec le temps.
  2. Conséquemment notre dégoût pour la mauvaise action s'estompe peu à peu ; ce qui représente un danger pour notre Îmaan.
  3. Finalement la mauvaise action devient tout à fait acceptable à nos yeux tandis que son alternatif dans le Charî'ah nous apparaît comme quelque chose d'indésirable ; ce qui est encore un plus grave danger pour notre Îmaan car tout en attestant verbalement que nous sommes musulmans, une partie de nous mêmes est profondément engagé dans le "Koufr" - rejet de ce qui a été instauré par Allah Soubhaanahoû wa Ta'aala.

Commentant le verset 68 du Sourah 6 Allaamah‎‎ Aboû Bakr Al-Jassaas dit :

"A la lumière de ce verset il est clair que si un musulman se retrouve dans une assemblée où on est en train de commettre des péchés et qu'il n'est pas en mesure d'empêcher quoique ce soit, il se doit de se retirer en signe de désapprobation."

C'est selon ce même principe que Hazrat Oumar‎ Bin Abdoul Azîze (RA) sanctionna une personne qui observait le jeûne mais qu'on avait surpris en compagnie d'autres qui consommaient l'alcool.

Dans un Hadîce, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit :

"Celui qui a foi en Allah Ta'aala et le jour du jugement dernier, qu'il ne se mette pas à une table où l'on sert des boissons alcooliques !"

Vu que la propreté conduit toujours à davantage de propreté et que la malpropreté engendre toujours ce qui est encore plus malpropre, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a mis beaucoup d'emphase sur la bonne fréquentation et a interdit la mauvaise fréquentation.

Il faut faire ressortir cependant que ce principe de se retirer d'un lieu où l'on commet des péchés ne s'applique pas au cas où on est en train de commettre des péchés en un lieu où on est censé faire le bien.

Exemple : On n'abandonne pas la Salaah avec Djamaa'ah dans un Masjid où l'on pratique des choses contraires au Charî'ah parce que la Salaah avec Djamaa'ah revêt une si grande importance en Islâm que certains savants ont été amenés à le considérer comme étant Farz.

De la même manière il ne faut point se retirer de tout lieu où notre présence est importante tout simplement (ou alors sous prétexte) parce qu'on est en train d'y commettre des péchés.

Dans ces cas là, s'il n'y a pas moyen de faire autrement, il suffit de désapprouver intérieurement l'écart en question.

C'est en ce sens d'ailleurs que l'Imaam Hassan Basrî (RA) a dit :

"Si nous abandonnons nos devoirs importants à cause des péchés des autres, alors les "Foussaaq" et "Foujjaar" auront les coudées franches pour oblitérer le Sounnah et le Charî'ah en général."

Pour résumer il a 4 façons de fréquenter les Ahl-é-Baatil.

  1. Participer activement et de son propre gré avec les kouffaar dans une action de Koufr et Chirk. Ce qui revient à faire du Koufr.
  2. Choisir d'être présent sans aucune raison valable islamiquement à une assemblée où l'on est en train de pratiquer le Koufr bien qu'avec dégoût et désapprobation intérieure. Ce qui revient à commettre le péché (gounaah) et à faire de nous une personne dont le témoignage n'est pas valable islamiquement.
  3. Être contraint par une nécessité quelconque à se retrouver en un lieu et parmi des gens qui commettent toutes sortes de péchés - ex. pendant un voyage en train, avion, navire etc. ceci est Moubaah‎ et tolérable - permis.
  4. Choisir d'être présent en un lieu où l'on commet des péchés avec l'intention ferme de propager le Dîne. Ceci est ni plus ni moins qu'un Ibaadah‎.

Qu'Allah Soubhaanahoû wa Ta'aala nous fortifie et nous éclaire quant au choix de nos compagnies. (Aamîne)

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.1 No.5]