Haçad - la jalousie

La jalousie est un très mauvais sentiment qu'éprouve quelqu'un à l'égard de son prochain quand ce dernier jouit d'un avantage quelconque. Alors le jaloux lui souhaite malheur et veut voir disparaître cet avantage.

C'est un péché qui ouvre la porte à beaucoup d'autres pêchés et cause beaucoup de torts à la société : du vol au viol et au meurtre, et tous les autres délits pouvant nuire à la personne haïe par le jaloux.

Toutefois, souhaiter la disparition d'un avantage mal utilisé n'est pas la jalousie. Ainsi un tel souhait et toutes les démarches pour le réaliser est louable au lieu d'être blâmable.

Par exemple, prenons le cas d'une personne riche qui se sert de sa richesse de façon nuisible à l'individu et à la société, ou celui d'un dirigeant ou chef d'État qui ne s'acquitte pas de sa tâche comme il se doit. Le souhait ou les efforts pour faire disparaître de tels privilèges ou avantages sont souhaitables et recommandés et, dans certains cas, obligatoires dans le sens que c'est en fait la lutte contre le mal et les malfaiteurs.

Il en va de même pour la jalousie ou "ghaïrat" qu'une femme éprouve à l'égard de son mari et qui débouche sur une sorte d'égoïsme. C'est tout à fait normal, dans la nature féminine, et n'est pas condamnable aussi longtemps qu'elle ne pousse pas à la violence et à causer du tort à autrui.

Tout cadeau ou bienfait qu'une personne obtient et jouit provient d'Allah Ta'aala. En tant que simple serviteur devant le Créateur Suprême nul ne mérite quoi que ce soit. Tout ce qu'on possède c'est par la faveur d'Allah Ta'aala que rien n'oblige.

L'Être Suprême dans Sa Sagesse fait le partage et accorde Ses bienfaits à Ses serviteurs à la mesure de ce qu'il leur faut et en temps et lieu propices. Donc, être jaloux de quelqu'un à cause d'un bienfait ou avantage, c'est absolument une objection à une décision d'Allah Ta'aala et c'est là un très grand péché. C'est une sorte de refus du partage et de la distribution qu'Allah Ta'aala fait parmi Ses serviteurs. Et c'est une sorte de rébellion... Mais si des rebelles contre des autorités mondaines ne prospèrent pas, comment pourrait-il en être autrement pour des rebelles contre le Maître de la Création ?

Ce genre de rébellion annule toutes les bonnes actions d'une personne. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit :

"Gardez-vous de la jalousie, car la jalousie consomme (détruit) les bonnes récompenses comme le feu consomme le bois." (Aboû Daawoûde Ibn Maadjah)

Et cela est tout à fait normal, car celui qui se rend coupable de haute trahison envers l'État devient un traître méritant la plus grande punition en dépit de ses multiples bonnes qualités et de grands services et immenses avantages qu'il ait pu conférer à son pays et à son peuple. Sa traîtrise efface toutes ses bonnes oeuvres.

La jalousie poussa Iblîs à désobéir à son Maître, Allah Ta'aala. Elle poussa Qaabîl à assassiner son propre frère Haabîl. N'est-il pas vrai alors de dire que le motif de la première désobéissance, en forme de Koufr au ciel et d'assassinat sur terre, fut la jalousie.

Iblîs fut jaloux de Hazrat Aadam (Alaihis Salaam) à qui Allah Ta'aala a donné un grand statut et devant qui Il ordonna aux Farishtas (anges) et aux Djinns de faire le sajdah‎‎‎‎ (la prosternation). Mais Iblîs devint orgueilleux et refusa d'obéir. Il devint alors kaafir.

Quant à Qaabîl, il assassina son frère Haabîl, jaloux du fait que la femme de ce dernier était plus belle que la sienne.

Le Koufr et la jalousie sont deux péchés très graves. Le premier est le péché le plus grave qui soit et le deuxième fait partie des sept péchés les plus graves, et il est un élément déstabilisateur semant la terreur dans la société.

La jalousie corrompt la vie ici-bas tandis qu'elle ruine les chances dans l'Aakhirah. C'est ce que Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) veut faire comprendre quand il qualifia la jalousie et l'inimité comme un vrai rasoir pour le Dîne.

La jalousie est un grand péché qui cause un tort immense à autrui et, par extension, à la société sans pour autant bénéficier en quoi que soit à la personne qui la nourrit. Au contraire, elle rend la vie du jaloux insupportable et le laisse tout le temps dans l'anxiété et le souci en voulant causer du tort à son prochain.

Par conséquent, il est maudit auprès d'Allah Ta'aala, blâmé et détesté dans la société, et triste et seul dans la détresse.

Les savants affirment que la jalousie est contre toute sagesse et contre la logique. Une personne de qui on est jaloux ne peut être que dans une de ces deux catégories (i) un Djannatî ou (ii) un Djahannamî. S'il est un Djannatî, il aura de plus beaux cadeaux qu'il n'en a dans ce monde ici-bas : alors pourquoi être jaloux de ces choses éphémères qui ne sont rien devant les cadeaux du Djannah ? Et s'il est un Djahannamî, pourquoi donc être jaloux de quelqu'un qui souffrira éternellement, pour un cadeau qu'il jouit temporairement ?

Dans cette optique, rien ne doit nous rendre jaloux car les cadeaux et avantages mondains sont éphémères et périssables.

Si la jalousie pour quelque chose en valait la peine, c'est dans le domaine du Dîne que ce serait souhaitable : dans l'étude du Dîne et de son enseignement, et dans le Khaïraat Sadaqaat dans le chemin d'Allah Ta'aala.

Ici ce n'est pas vraiment de la jalousie même si on l'appelle ainsi. En fait, c'est le "ghibtah", qui signifie "souhaiter avoir un avantage dont jouit son prochain sans que ce dernier ne perd le sien."

Le "ghibtah" est permis et est même recommandé dans la concurrence de bonnes actions pour le Dîne. C'est ce que les Sahaabah‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎) ont pratiqué leur vie durant.

Par contre, la jalousie dans tout son sens négatif, est une très grave maladie, une épidémie qu'il faut éradiquer car elle empêche tout progrès de l'individu et de la société.

En principe, l'existence de la jalousie n'est pas blâmable car c'est une chose naturelle. Chaque individu est un potentiel jaloux. Avoir le potentiel d'être mauvais n'est pas la même chose que d'être actuellement mauvais. Il en est de même pour le potentiel d'être jaloux, ce qui n'est pas blâmable. Ce qui l'est, c'est d'agir selon ce mauvais sentiment.

Celui qui sait qu'il a ce potentiel de la jalousie mais qui s'en préserve, qui se contrôle et ne se laisse pas emporter par ce mauvais sentiment, est un "Moudjaahîd" (celui qui fait le Djihaad) et mérite une grande récompense pour son Djihaad (sa lutte).

Comment lutter contre cette maladie ? Une cause de la jalousie est le manque d'amitié. Encourageons donc tous les éléments qui développent l'amitié. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a enseigné à son Oummah‎ à propager le salaam qui, à son tour, crée l'amitié. Les cadeaux peuvent aussi aider à développer l'amitié, de même que faire les éloges de la personne dont on est jaloux, en sa présence comme en son absence devant d'autres personnes.

Une autre cause de la jalousie est aussi l'attachement aux choses de ce Dounyaa et au confort matériel. Mais tout cela n'est rien devant les cadeaux de l'Aakhirah. L'attachement de Inçaan (l'homme) pour les choses mondaines disparaît (ou diminue tout au moins) devant la pensée de la mort. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a fait ressortir que la mort extermine les passions, désirs et jouissances.

Méditer sur la mort est effectivement un remède très efficace contre cette maladie appelée jalousie. Hazrat Aboû Dardaa (Radiyallahou anhou‎) a dit :

"Il n'y a personne qui ne pense à la mort constamment sans que son orgueil et sa jalousie ne diminuent."

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.2 No.1]