Inviter les femmes à venir assister la Salaat-oul-Djoum'ah

Q. Récemment un Imaam a publié un article invitant les femmes à venir assister la Salaat-oul-Djoum'ah et la causerie précédant cette Salaah, dans une mosquée. Pour justifier cette démarche on a mentionné un Hadîce de Aboû Daawoûde selon lequel Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a invité les femmes à venir assister la Salaat-oul-Eid même pendant leur menstruation, et un autre Hadîce où il est dit que Hazrat Oumar‎(Radiyallahou anhou‎) frappait aux portes pour inviter les femmes à sortir pour la Salaat-oul-Eid. Peut-on avoir votre avis éclairé là-dessus ?

R. D'abord il faut remarquer qu'il y a incompatibilité entre l'invitation de l'Imaam et les ahaadîce cités. On invite les femmes à venir assister la Salaat-oul-Djoum'ah alors qu'on cite des ahaadîce qui se réfèrent à la Salaat-oul-Eid. Aussi dans le Hadîce de Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) mentionné dans l'article en question nous voyons encore plus l'absence de compatibilité car à la fin, de ce même Hadîce, se référant aux femmes, il est dit :

"Il n'y a pas de Salaat-oul-Djoum'ah pour nous."

Ceci montre que si, sous le commandement de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam), Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) est allé frapper aux portes pour inviter les femmes à sortir pour la Salaat-oul-Eid tel n'était pas le cas pour la Salaat-oul-Djoum'ah.

Voyons le Hadîce dans son intégralité.

Hazrat Aliyyah (Radiyallahou anhou‎) rapporte :

"Quand Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) est venu à Madînah, il a réuni les femmes des Ançaar dans une maison et il a envoyé Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) chez nous. Alors il (Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎)) s'est présenté devant la porte et il nous a fait salaam. Nous avons répondu. Ensuite il a dit : Je suis le délégué de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Nous avons reçu l'ordre concernant les Salaat-oul-Eideïne (Eid-oul-Fitr et Eid-oul-Adhaa) pour faire sortir les femmes même pendant leur menstruation et les jeunes filles à ces deux occasions'. Et il n'y a pas de Salaat-oul-Djoum'ah pour nous (les femmes et jeunes filles) et on nous a empêché de suivre le Djanaazah."

Suite à la révélation du verset 12 du Sourah 60, après la conquête de Makkah, Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) fut délégué par Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) pour aller annoncer les ordres qui y étaient contenus. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) dépêcha Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) pour aller annoncer aux femmes les ordres qu'elles avaient reçus (dans ce verset là).

Nous avons jugé utile de donner ces explications concernant ce Hadîce et surtout les circonstances entourant l'action de Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) de frapper aux portes, de peur que certains n'allaient eux-aussi frapper aux portes des femmes pour les inviter à sortir pour des Salaahs‎‎ des Eideïne.

De plus, la pratique des Sahaabah‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhou‎) et les Taabi'îne (R) prouve que le Hadîce concernant les Eideïne ne peut pas être utilisé comme argument pour inviter les femmes à venir assister à la Salaat-oul-Djoum'ah.

Selon Mousannaf Ibn Aboû Chaïbah‎‎, Hazrat A'lî (Radiyallahou anhou‎) n'autorisait pas les femmes à sortir sauf pour les Eideïne. Selon ce même livre de Hadîce, Hazrat Alqamah (Radiyallahou anhou‎) et Hazrat Aswad (Radiyallahou anhou‎) autorisaient leurs femmes à sortir pour les Eideïne mais pas pour la Salaat-oul-Djoum'ah. Pourquoi ? Simplement parce-que l'autorisation concernant les Eideïne ne pouvait être étendue à la Salaat-oul-Djoum'ah.

Nous comprenons donc que l'invitation aux femmes de sortir pour les Eideïne existait tandis que tel n'était pas le cas pour la Salaat-oul-Djoum'ah.

Nous insistons ici sur le fait que l'invitation aux femmes pour les Eideïne était permise dans un contexte totalement différent qui, depuis, s'est considérablement détérioré. Compte tenu du changement de contexte et le pourrissement de la situation morale et sociale qui a suivi, les recherches effectuées par les Taabi'îne (R) et les juristes tels que Hazrat Ourwah, Qaasim, Nâfi‎‎, Ibraahîm Nakh'î, Imaam Aboû Hanîfah, Imaam Malik, Imaam Chaafi'î et Imaam Ahmad bin Hambal (R) les ont amenés à interdire aux femmes de sortir même pour les Eideïne aussi.

Dans Mousannaf Ibn Aboû Chaïbah‎‎, concernant la sortie des femmes à l'occasion des Eideïne, il y a deux verdicts de Hazrat Abdoullah bin Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) qui sont apparemment en contradiction. Mais en réalité il n'y a aucune contradiction entre les deux verdicts étant donné que chacun s'applique dans un contexte différent. Hazrat Abdoullah bin Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) autorisait les femmes à sortir pour les Eideïne quand le contexte était un peu bon mais quand la situation s'était détériorée il les a empêché de sortir pour les Eideïne. D'où le semblant de contradiction.

Venons à la Salaat-oul-Djoum'ah maintenant.

Les Sahaabah‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎) ont été unanimes à empêcher les femmes de sortir pour aller à la mosquée, assister à la Salaat-oul-Djoum'ah. Selon Shah Walîyoullah Dehlavî (R), Hazrat Abdoullah bin Mas'oûde (Radiyallahou anhou‎) chassait les femmes de la mosquée quand elles venaient pour la Salaat-oul-Djoum'ah. D'après Allaamah‎‎ Badrouddîne - Al-Aïnî (R) Hazrat Abdoullah bin Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) faisait la même chose.

Ce n'est pas une simple affaire que de chasser une personne de la maison d'Allah. Est-ce que Hazrat Abdoullah bin Mas'oûde (Radiyallahou anhou‎) a ainsi fait preuve d'irresponsabilité ? Bien sûr que non. C'était un Sahaabî qui a été aux côtés de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) pendant 18 ans. Partout il accompagnait Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Ils étaient si souvent ensemble et il y avait tellement des allées et venues que les personnes qui ne connaissaient pas bien le Sahaabî (Radiyallahou anhou‎) croyaient qu'il était un membre de la famille de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Quand un Sahaabî, comme Abdoullah bin Mas'oûde (Radiyallahou anhou‎) qui avait compris l'esprit de l'Islâm et les enseignements de Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a jugé bon de refuser l'accès à la mosquée aux femmes, il devait, sans l'ombre d'un doute, savoir ce qu'il faisait. Est-ce qu'un musulman, digne de ce nom, qui a de l'amour pour Allah Ta'aala, Son Raçoul (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et les Sahaabah (Radiyallahou anhoum‎) peut entreprendre une démarche contraire à la pratique de cet illustre compagnon que fut Abdoullah bin Mas'oûde (Radiyallahou anhou‎) ?

Les quatre Aimmah (R) ont aussi trouvé, chacun à son tour, le contexte défavorable qui prévalait pour refuser aux femmes l'accès à la mosquée. Pourtant ils ont vécu quelque temps après l'âge d'or que fut l'époque de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) ? Qui peut avancer que le contexte est aujourd'hui meilleur que celui qui prévalait à l'époque des Sahaabah (Radiyallahou anhoum‎) ou des Taabi'îne (R) ?

Nous devons nous demander qui sont ceux qui ont mieux compris le message de l'Islâm et les enseignements de Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Est-ce les Sahaabah (Radiyallahou anhoum‎), les Taabi'îne (R) et les quatre Aimmah (R) ou est-ce 'l'Imaam' en question ? De toute évidence ce n'est qu'une personne dénuée de toute connaissance de Dîne qui oserait contester les opinions des Sahaabah-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎), des Taabi'îne et des Aimmah (R).

Les femmes, les responsables des associations féminines et des mosquées, et les musulmans en général devront se demander qui sont les vrais défenseurs des droits de la femme. Est-ce certains individus qui, par complexe ou autres raisons, se sont laissé influencer par les slogans creux des occidentaux ou est-ce les Sahaabah-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎), les Taabi'îne (R) et les Aimmah (R) ?

Voyons un autre Hadîce.

"Si les femmes vous demandent la permission pour aller à la mosquée ne les empêchez pas."

Il faut remarquer que ce Hadîce ne justifie pas l'invitation lancée dans l'article en question car il y a une différence entre une autorisation à la suite d'une requête et une invitation.

Dans le Hadîce il n'y a rien qui approuve l'invitation.

Où peut-on trouver dans le Hadîce qu'on doit inviter les femmes à accomplir les Salaahs‎‎ quotidiennes ou la Salaat-oul-Djoum'ah à la mosquée ? Au contraire le Charî'ah a exempté les femmes de la Salaat-oul-Djoum'ah. Cette Salaah n'est pas obligatoire pour elles.

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.2 No.2]