Cacher les défauts d’un musulman

C’est Allah Ta'aala seul qui n'a aucun défaut et ne connaît aucune défaillance. C'est Lui tout seul qui possède cette qualité. A l'exception d'Allah Ta'aala toutes les créatures sont sujets à des défauts et des faiblesses.

Le Tasbîh‎‎ "Soubhaanallaah" est en fait une déclaration pour nier tout défaut ou toute défaillance de la 'personne' (Zaat) d'Allah Ta'aala. Rien que le fait que c'est du Chirk que d'attacher le mot "soubhaan" à quelqu'un d'autre montre que c'est seulement Allah Ta'aala qui possède la perfection absolue.

Dans un Hadîce de Tirmîzî rapporté par Hazrat Anas (Radiyallahou anhou‎) Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) dit :

"Chacun des enfants de Aadam (Alaihis Salaam) est un pécheur. Et les meilleurs des pécheurs sont ceux qui font le Taubah (repentir)."

Ce Hadîce nous apprend que chaque Inçaan a des défauts - car c'est de notre nature d'être faible - et que nul n'est à l'abri du péché. Quant aux Prophètes (Alaihis Salaam) ils sont "Ma'çoûm" - protégés des péchés par Allah Ta'aala.

Que chacun ait des défauts implique qu'on n'a pas le droit de haïr ou de sous-estimer son prochain sous prétexte qu'il a ... des défauts ! Autrement on devra accepter qu'on mérite aussi d'être sous estimé ou haï pour ses défauts. Mais cela, personne ne peut l'accepter. Un signe du parfait " Îmaan" c'est de souhaiter pour son prochain ce que l'on souhaite pour soi-même. Donc, ne pas sous-estimer quelqu'un pour un défaut ou un péché est aussi un signe de l'Îmaan parfait.

Cependant on doit trouver un moyen pour corriger l'erreur d'une personne sans étaler son péché devant les autres. Car le Charî'ah nous recommande de cacher les défauts d'un frère musulman autant que possible.

Cette notion de garder le secret sur les péchés d'un musulman provient de l'amitié et du sens de la fraternité. On le fait pour ses enfants et ses proches par amour ou amitié pour eux et pour protéger leur honneur. Nous associons toujours l'honneur de nos proches à notre propre honneur et ça nous fait de la peine de voir ceux qu'on aime tomber dans le déshonneur.

C'est, pour le moins, ce que ressent le musulman qui a su développer ce sens de la fraternité et de l'amitié qu'Allah Ta'aala établit entre tous ceux qui lisent le kalimah "Laailaaha illallaah." Par conséquent, il évite tout ce qui peut nuire au prestige et à la crédibilité de son frère.

Dans un Hadîce Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit :

"Le sang, les biens et l'honneur de chaque musulman sont sacrés pour un autre musulman''.

Dévoiler le péché d'un frère musulman c'est le déshonorer, ce qui équivaut à une injure à ce qui est plus sacré que même le Ka'bah. Dans un Hadîce de Tirmîzî, Hazrat Abdoullah Bin Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) s'adressant au Ka'bah‎‎ déclare :

."..le Mou'mine est plus sacré que toi auprès d'Allah Ta'aala."

Dans un Hadîce de Ibn-é-Maadjah Hazrat Abdoullah Bin Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) rapporte que Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) s'est adressé au Ka'bah‎‎ en ces termes :

"Par Celui qui détient ma vie en Ses mains, certainement le Mou'mine‎‎ reçoit plus de respect que toi auprès d'Allah Ta'aala."

Détester ou mépriser quelqu’un pour un défaut ou un péché, c'est commettre le très grave péché de "Kibr" ou l'orgueil de se croire parfait, protégé et à l'abri du péché alors que c'est Allah Ta'aala qui possède l'attribut exclusif de "Le Parfait." Celui qui se montre orgueilleux, c'est comme si il s’associe à une qualité (un attribut) qui est exclusive à Allah Ta’aala.

A noter ici que les Ambiya-é-Kiraam (Alaihis Salaam) qui étaient pourtant protégés du péché par Allah Ta'aala n'avaient pas de haine pour les gens.

Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit, d'après un Hadîce :

"Celui qui possède le Kibr, ne serait-ce que du poids d'une graine de moutarde, n'entrera jamais dans le Djannah."

A ce stade il faut éviter toute confusion avec le Hadîce faisant référence à l'Îmaan parfait et qui se lit comme suit :

"Celui qui offre son amitié à cause d'Allah Ta'aala et déclare son ennemité à cause d'Allah Ta'aala a perfectionné son Îmaan."

Selon les savants ce Hadîce met l'emphase sur le fait que l'amitié et l'ennemité doivent être motivés seulement pour et par le plaisir d'Allah Ta'aala et non par la haine personnelle ou la vengeance. Mépriser les autres par complexe de supériorité est loin de l'idéal de l'Îmaan parfait. Cela émane plutôt de cette maladie spirituelle très grave qu'est le 'Kibr' ou la vanité.

S'abstenir de parler des péchés d'un frère musulman renferme de grands bénéfices et en sus montre la largesse d'esprit et la noblesse de la personne.

Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) en faisant ressortir les droits du musulman dit :

"Celui qui se tait sur le péché d'un musulman, Allah fera qu'on se taise sur ses péchés en ce monde et dans l'autre monde...."

Il ne fait aucun doute qu'Allah qui est "As-Sattaar" - Celui qui cache les défauts de Ses serviteurs - tient en haute estime une personne qui prouve sa noblesse de coeur envers ses semblables et Il protégera son honneur en ce Dounyaa et dans l'Aakhirah.

Ce principe de 1'Islâm comporte un autre bienfait important du point de vue social. Car des péchés dévoilés en public régulièrement finissent par devenir choses banales aux yeux des gens, diminuent ainsi le dégoût qu'on doit éprouver pour ces péchés.

Il y a dans cette banalisation du péché le danger que les gens arrivent à considérer le péché comme une chose normale et à s'y accommoder !

Déjà on justifie ses faux pas ou ceux des siens en se basant sur ce qui est devenu chose courante. Ainsi tel parent déclare : "Ma fille n'est ni la première et ni la dernière à s'enfuir avec un ghair qaûm (un kaafir/un moushrik). Elle n'est pas la seule, alors ?"

Voilà pour la dégradation des moeurs et des mentalités causée par la fréquence des péchés étalés au grand jour.

Le "Ghîbah" (la médisance) est un péché très grave qui consiste à mentionner le défaut d'autrui en son absence et que le Qour'aan-é-Karîm compare à l'acte barbare et féroce du cannibalisme sur le cadavre de son frère.

Nous sommes nombreux à commettre ce péché hideux en parlant des défauts de nos frères musulmans. N'est-il pas temps que nous y mettions un terme ?

Le monde sait que l'Islâm prescrit le Houdoûd (sanctions corporelle) pour certains délits. Mais ce que beaucoup de gens ignorent c'est que Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a recommandé que même les délits pour lesquels une personne a été punie ne soient pas dévoilés. Telle est l'importance de ce grand principe du silence ! C'est à dire cacher les péchés de son prochain.

Hazrat Maa'iz (Radiyallahou anhou‎) était arrivé à commettre le Zinaa (l'adultère). Un autre Sahaabî, Hazrat Hizaal (Radiyallahou anhou‎), lui conseilla de rapporter son cas à Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Après les procédures, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) ordonna aux Sahaabah‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎) de lapider Hazrat Maa'iz (Radiyallahou anhou‎). Ensuite, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) s'adressa à Hazrat Hizaal (Radiyallahou anhou‎) :

"Si tu avais caché son péché c’aurait été encore meilleur pour toi."

Dans un autre Hadîce de Aboû Daawoûde Charîf, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam)  a dit :

"Mettez-vous d'accord sur les délits où il y a Houdoûd car n'importe quel (acte où il y a) hadd qui se présente à moi devient Waadjib."

En d'autres mots, quand il y avait des actes ou des délits impliquant le hadd (sanction corporelle) il fallait autant que possible arriver à un accord sans rapporter la chose à Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Car quand on lui rapportait un cas de hadd il lui incombait de le sanctionner. Cela montre à quel point le Charî'ah était contre le dévoilement des péchés.

LA NON-APPLICATION DU PRINCIPE

Cependant ce principe du silence sur les péchés d'autrui ne s'applique pas aux cas où les intérêts de quelqu'un ou ceux du Dîne sont menacé. Ici il est important de parler et c'est même obligatoire de tout dévoiler dans le seul but de protéger ou d'empêcher la falsification des préceptes et enseignements du Dîne et de déjouer les pièges tendus à l'Oummah‎ Mouslimah.

C'est dans ce même but que les savants du Hadîce passent au peigne fin les biographies des narrateurs de Hadîce. C'est ainsi que dans un ouvrage très apprécié, le "Asma-oul-Rijaal", on a tous les renseignements sur les narrateurs. Dans leur exercice louable les savants furent très stricts et n'épargnèrent aucune qualité du Raawî (narrateur) et firent ressortir tous les défauts décelés chez chaque Raawî. Leur but : déterminer le degré d'authenticité ou d'inauthenticité de chaque Hadîce.

Allaamah‎‎ An-Nawawî (R) écrit dans son livre "At-Taqrîb" sur les principes du Hadîce :

"Il est permis de déclarer un Raawî douteux en dévoilant ses défauts afin de préserver le Charî'ah."

Lorsque quelqu'un conseilla Imaam Ahmad Bin Hambal (R): "Ne fait pas les ghîbah des Ou'lamaa", par allusion au dévoilement des défauts des Raawîs, l'Imaam fit ressortir que ce type de révélation c'est justement le Nasîhah (vouloir le bien-être) pour le Dîne et l'Oummah‎. C'est loin d'être du ghîbah.

Il en est de même pour les erreurs commises par un écrivain. Il faut dénoncer les erreurs, réfuter les allégations erronées pour éviter que l'Oummah‎ ne soit induit en erreur et ne s'égare.

Quand il est question d'une demande en mariage on cherche toujours conseil avant de décider. Dans ce cas aussi, il est Nasîhah de révéler les défauts des concernés qu'il importe de connaître pour prendre une décision en toute connaissance de cause.

Un autre cas valide est celui où il faut empêcher qu'une personne ne soit victime. Par exemple, on peut dénoncer un mauvais client ou un mauvais payeur pour qu'il ne fasse pas d'autres victimes. Cela fait partie du Nasîhah pour 1'Oummah‎.

Soulignons que cette autorisation ne s'applique que dans ces cas où le silence sur un défaut ou un péché ferait du tort au Dîne ou à quelqu'un. Au cas contraire ce n'est pas permis et ce serait du ghîbah.

Prenons l'exemple d'une personne qui oeuvre pour le Dîne et qui a certains défauts personnels qui n'affectent pas son travail pour le Dîne. Là on n'a pas le droit de rendre public de tels défauts.

Il faut être très prudent et ne pas suivre la tendance très commune qui veut qu'on cherche à discréditer un adversaire en faisant de la publicité de ses défauts personnels pour le déshonorer. C'est un péché très, très grave.

Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit à ce propos :

"N'allez pas courir après les défauts des musulmans, car si quelqu'un le fait Allah Ta'aala cherchera ses défauts. Et quand Allah Ta'aala cherchera ses défauts, il sera lui-même déshonoré même s'il reste à l'intérieur de sa maison."

A la lumière de ce Hadîce nous pouvons dire que celui qui ne joue pas avec l'honneur de son prochain aura son honneur préservé. Celui qui ose porter atteinte à l'honneur de son prochain sera déshonoré ici-bas et dans l'Aakhirah.

"Those who live in glass houses should not throw stones at others", dit-on en anglais.

Si vous habitez une maison vitrée vous ne vous amusez pas à lancer des pierres sur les maisons des voisins.

Pécheurs que nous sommes tous, n'habitons-nous tous pas des maisons vitrées.

CONDAMNATION DE L'ESPIONAGE

Dans le Qour'aan-é-Karîm, Allah Ta'aala dit :

."..N'espionnez pas" (49:12). Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) et Hazrat Abdoullah Bin Mas'oûde (Radiyallahou anhou‎), commentant ce verset, disent qu'Allah Ta'aala a empêché l'espionnage, c'est à dire chercher les défauts des autres et s'intéresser à la vie privée des gens.

D'après un Hadîce de Aboû Daawoûde, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a empêcha Hazrat Mou'aawiyah (Radiyallahou anhou‎) de chercher le défaut des gens en lui disant :

"Si tu cherches les défauts des gens, tu vas les affecter."

Imaam Qourtoubî a raconté une anecdote rapportée par Hazrat A'mr Bin ‎dînaar‎‎ (R). Selon l'anecdote, un habitant de Madînah laissa tomber son porte-monnaie alors qu'il enterrait sa soeur. Il retourna plus tard avec un ami pour déterrer le porte-monnaie du Qabr‎‎ de sa soeur. Il retrouva le porte-monnaie mais il voulut voir qu'elle était la situation de sa soeur et continua à fouiller. Alors il vit le Qabr‎‎ en flammes. Une fois chez lui, il questionna sa mère sur le comportement de sa soeur de son vivant. Sa mère lui dit que sa soeur avait l'habitude de retarder l'heure de la Salaah et que le soir elle mettait l'oreille à la porte des voisins pour connaître leurs secrets et leurs défauts qu'elle révélait ensuite. Le frère fit la remarque que c'était-là la cause des difficultés de sa soeur dans la tombe.

A noter que l'Imaam Qourtoubî (R), grand savant et célèbre Moufassir du 7e siècle qui malgré en étant en présence des preuves du Qour'aan-é-Karîm et des Ahaadîce, ne trouva rien d'anormal sur cette anecdote. Ce qui suffit à démontrer que l'anecdote peut être prise en considération vu qu'elle n'est contestée par aucune preuve de Dîne.

Il y a donc là un très grand exemple pour l'Oummah‎. Allah Ta'aala, dans Sa sagesse infinie, a fait qu'un individu témoigne de la punition de certaines mauvaises actions. Qu'Allah Ta'aala nous en protège. (Aamîne)

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.2 No.4]