La pauvreté et le confort

Une vieille charrette inconfortable qui vous mène à votre destination finale sain et sauf est bien mieux qu'une luxueuse Mercedes très confortable qui mène au précipice. Voilà un exemple bien explicite qui démontre qu'une chose est une bénédiction ou une calamité en fonction du résultat final.

Le fait que le résultat final sera favorable à un Mou'mine‎‎ (croyant) malgré ses moyens limités en ce monde signifie que sa position doit nécessairement être jugée supérieure à celle d'un non-croyant. Celui-ci, même s'il est entouré de confort et possède une richesse fabuleuse, aura à subir le châtiment éternellement en enfer.

C'est pourquoi Allah Ta'aala a averti les Mou'minîne, à travers de Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam), de ne pas se laisser berner :

"Ne te laisses pas berner par le déplacement de ceux qui ont commis le Koufr dans les pays. C'est une jouissance temporaire et leur demeure sera l'enfer." (3:196-197)

Ces deux versets sont très clairs. Un confort temporaire dont le résultat final est défavorable, est un méfait et une calamité. Par contre, une difficulté temporaire avec un résultat favorable en fin de compte est comme un médicament amer qui renferme la santé et la guérison complète.

Un jour Hazrat Oumar‎ (Radiyallahou anhou‎) se mit à pleurer en voyant la pauvreté et la misère de Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) Il lui demande alors de faire un Dou'aa pour que Allah Ta'aala donne à son Oummat la facilité et la richesse. Sur ce Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) répondit :

"Oumar, est-ce que tu es encore dans le doute ?"

En fait, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a voulu montrer que le cadeau des Mou'minîne‎‎ est réservé dans l'Aakhirah, car le monde ici-bas est la prison des Mou'minîne‎‎ avec toutes ses restrictions à leur égard. Généralement le confort et la richesse détournent l'homme du droit chemin. Donc le danger réel pour le Mou'mine‎‎ se trouve dans la richesse et le confort et non dans la pauvreté. C'est pour cette raison que Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a exprimé sa crainte à l'égard de son Oummat quand elle aurait la richesse.

D'ordinaire, quand le coeur s'attache aux conforts matériels, l'homme ne pense plus qu'à jouir au maximum de ce qu'il possède aussi longtemps qu'il le peut. Alors il oublie l'Aakhirah et se dévie de sa responsabilité par rapport à la raison pour laquelle Allah Ta'aala l'a envoyé sur cette terre. C'est ce que Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a évoqué quand il a dit :

"L'attachement au Dounyaa est la racine de tous les maux."

C'est aussi la raison pour laquelle Allah Ta'aala a averti l'homme contre la tentation des biens :

"Ô les croyants ! Que vos richesses et vos enfants ne vous détournent pas du souvenir d'Allah (Zikroullaah) ; ceux qui agissent ainsi sont les perdants." (63:9)

Toutefois, cela ne signifie nullement qu'un bon Mou'mine‎‎ ne peut pas être riche. Parmi les Sahaabah‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎), Hazrat Ous'maan‎ (Radiyallahou anhou‎), le troisième caliphe était très riche, si riche qu'il eût le titre de "Ghanî" qui veut dire 'riche'.

De même, Allah Ta'aala ne nous empêche pas d'avoir de l'affection pour nos enfants. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) aimait beaucoup ses enfants. Un jour, un villageois qui vit Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) embrasser des enfants dit :

"Vous, vous embrassez vos enfants mais nous, nous n'embrassons pas nos enfants."

Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) lui répondit :

"Qu'est-ce que je peux faire pour toi si Allah Ta'aala t'a retiré l'affection du cœur ?"

Ainsi, être riche, avoir de l'affection pour ses enfants, n'est pas défendu. S'il est vrai que l'Inçaan (l'homme) n'a pas été créé pour le luxe, il est tout aussi vrai qu'il ne peut vivre sans la richesse car il a des besoins et des obligations à satisfaire.

L'Islâm s'oppose à l'ascétisme et ne défend pas à l'homme de jouir des conforts qu'il peut avoir. Mais l'Islâm n'autorise pas à l'homme d'être esclave de ses biens et conforts matériels.

Il y eut une occasion où Nabî-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) exprima sévèrement sa colère à l'égard de ceux qui, sous l'impression de plaire à Allah Ta'aala, avaient pensé à garder le célibat et à s'abstenir de la consommation de la chair. A une autre occasion Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) désapprouva une personne qui n'était pas habillée convenablement malgré ses moyens élevés, en disant :

"Allah Ta'aala aime voir l'effet de ses bienfaits sur ses serviteurs."

Allah Ta'aala a fait de l'Inçaan son vice-gérant et le chef parmi toutes les créatures. Toutes les formes de richesse sont au service de l'homme.

La richesse doit être considérée comme un moyen et non comme le but ultime. Le mal fait son apparition quand l'homme devient esclave de ses richesses. Il devient alors l'ennemi de ses semblables et il n'y a plus d'harmonie. Il lui arrive même de s'acharner contre ses proches (père, mère, frère, soeur) tant il est assoiffé de biens.

Il faut donc gérer les richesses sans en devenir l'esclave. Pour cela, l'homme doit observer les règlements et principes établis par Allah Ta'aala en ce qui concerne les moyens et le moment pour avoir la richesse et la dépenser. Car la richesse devient une bénédiction pour ceux qui obéissent aux commandements du Créateur sur la façon de devenir riche et de dépenser de sa richesse. Par contre, ceux qui ne se soucient guère de ce qui est haraam et de ce qui est halaal deviennent esclaves de leurs possessions et vont vers la ruine en dépit des apparences et de ce que le monde peut croire.

Le coeur est comme ce bateau qui a besoin d'eau pour poursuivre son trajet mais qui ne peut permettre à l'eau d'entrer sous peine de sombrer. Le navire est sain et sauf au milieu du grand océan à condition que l'eau n'entre pas.

Il en est de même pour l'homme : il sera sans danger même s'il est entouré de ses richesses tant que l'amour de celles-ci n'envahisse pas son coeur. Mais il faut d'abord avoir ce coeur.

Ainsi le confort et la richesse restent une bénédiction aussi longtemps qu'ils sont employés pour obéir à Allah Ta'aala. Mais la plus petite parcelle de bien qui détourne l'esprit pour faire de soi un ingrat vis-à-vis d'Allah Ta'aala est une calamité.

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.2 No.4]