Sounnah et bid'ah

Le 'Sounnah', employé dans le sens large, désigne le degré d'importance d'une pratique. Par exemple on dit que la Salaah cinq fois par jour est 'Farz', le Witr‎ est 'Waadjib' et la circoncision ou le port du bonnet est 'Sounnah'.

Cependant, quand on parle du 'Sounnah' en contraste avec le 'Bid'ah', il désigne la pratique approuvée par le Charî'ah, indépendamment de son degré d'importance, contrairement au 'Bid'ah' qui, lui, désigne une pratique inconnue et étrangère à l'Islâm, donc contraire au Charî'ah.

Les pratiques du Charî'ah sont puisées de quatre sources :

  1. Qour'aan
  2. Hadîce
  3. I'djmah (consensus) et
  4. Qiyaas (analogies) faites par les Aimmah Moudjtahidîne (R).

Toute pratique qui n'a pas son origine dans une de ces quatre sources est appelée 'Bid'ah'. Le 'Bid'ah est en conséquence une pratique qui ne cadre pas avec les principes du Charî'ah.

C'est un fait indéniable que l'Islâm était pratiqué à cent pour cent à l'époque de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) Puis, après le wafaat (départ de ce monde) de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam), la mise en pratique de Dîne-e-Islâm commençait à diminuer graduellement. La sincérité et la dévotion qui étaient à leur comble en raison du souhbat (compagnie) de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) commençaient à perdre de leur ardeur. Il faut préciser cependant que l'Islâm était pratiqué dans sa globalité par la grande majorité des musulmans et ce jusqu'à l'époque des Taba Taabi'îne. En fait c'est une prédiction de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) car il a dit dans un hadîce :

"Le meilleur (Khaïr‎‎) de mon Oummah, ce sont ceux de mon époque, puis ceux qui les succèdent, ensuite ceux qui les succèdent (c.à.d. ceux qui succèdent à ces derniers)."

Commentant ce hadîce, Allaamah‎‎ An-Nawawî‎ (R) dit que les Ou'lamaa sont unanimes sur le fait que la meilleure époque est celle de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et des Sahaabah‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎) suivie de celles des Taabi'îne et des Taba Taabi'îne.

Le "Khaïr‎‎" dont parle Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) dans le hadîce cité plus haut concerne le Dîne, c'est-à-dire la meilleure époque en ce qui concerne la pratique de Dîne-é-Islâm. Par la bénédiction du Souhbat de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) les Sahaabah (Radiyallahou anhoum‎) sont arrivés à développer 'Lillaahiyat' en eux, ce qui signifie vivre corps et âme uniquement pour le plaisir d'Allah. Une fois ce niveau atteint, chaque action traduit la volonté divine.

En effet les Sahaabah‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎) se sont sacrifiés pour que les commandements d'Allah Ta'aala triomphent. Ce sont-là des preuves irréfutables et incontestables de leur dévotion et leur sincérité ; dévotion et sincérité qui ont servi et serviront encore d'exemples jusqu'au jour du Qiyaamah. On trouvait encore ces qualités chez la plupart des musulmans à l'époque des Taabi'îne et des Taba Taabi'îne. Le comportement des musulmans de ces trois époques en or reflétaient le Sounnah donc approuvé par le Charî'ah. C'est ce qui a conduit les Ou'lamaa-é-Kiraam à considérer les pratiques des Sahaabah (Radiyallahou anhoum‎), celles des Taabi'îne et des Taba Taabi'îne comme un critère pour distinguer les Sounnahs du Bid'ahs. En d'autres mots une pratique approuvée à cette époque-là est Sounnah alors que celle qui ne l'était pas et ce malgré l'existence d'un motif pour une telle pratique est considérée comme Bid'ah.

Allaamah‎‎ Shaatbî (790) a, dans son livre 'Al Mouwaafaqaat', montré un principe très efficace pour distinguer le Sounnah du Bid'ah. Il écrit qu'il y a deux probabilités pour ce qui est d'une pratique parue après l'époque de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et les Salf-é-Saalihîne :

Premièrement, la nécessité d'une telle pratique ne se faisait pas sentir à cette époque-là. Ce n'est que plus tard que le besoin de recourir à une telle pratique s'est fait sentir. Un exemple d'une telle pratique est la compilation du Qour'aan qui s'est avérée impérieux après le wafaat de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Ce genre de pratique est permis si elle est compatible avec l'esprit du Charî'ah. Parfois il arrive même que le recours à une telle pratique devient obligatoire. Il serait bon ici de citer un deuxième exemple afin que ce point soit clair dans l'esprit de nos lecteurs : c'est l'institution des Madaaris / Daar-oul-Ou'loûm (école islamique) qui est une nécessité en notre temps ruais qui pourtant n'existaient pas à cette époque-là. De la même manière la publication des littératures islamiques, qui n'existaient pas à l'époque de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) est de nos jours une nécessité.

Deuxièmement, une pratique n'existait pas à l'époque de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et des Salf-é-Saalihîne et ce malgré l'existence d'un motif. Une telle pratique est qualifiée de Bid'ah, donc strictement défendue. Allaamah‎‎ Shaatbî (R) cite l'exemple de Sajdah-e-Choukr qui selon Imaam Maalik (R) n'est pas permis. En effet ce dernier a refusé de reconnaître le Sajdah-e-Choukr comme une pratique islamique en se basant sur le fait qu'il y avait un motif pour le faire à l'époque de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) mais malgré cela ce dernier ne l'a pas fait. Si c'était une pratique islamique on ne voit pas pourquoi Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) ne l'aurait pas observée. Il faut faire ressortir ici que le Sajdah-e-Choukr est une issue controversable parmi les Aimmah Moudjtahidîne (R). Ce qu'il faut retenir ici c'est le principe adopté par Imaam Maalik (R) pour faire une telle déduction. C'est un principe unanimement accepté et qui consiste à rejeter quelque chose qui n'a pas été pratiquée par Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et cela malgré l'existence d'un motif. C'est une indication, voire une preuve même, que la pratique en question ne cadre pas avec les principes du Charî'ah donc un Bid'ah, sinon Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) n'aurait pas manqué de l'observer, surtout en présence d'un motif.

On peut ici citer une pratique courante : faire le Dou'aa après la Salaah du Djanaazah. Beaucoup de Sahaabah‎‎-e-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎) sont morts du vivant de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et il a dirigé personnellement la Salaah de Djanaazah de bon nombre d'entre eux, mais il n'a pas fait de Dou'aa après cette Salaah. Et pourtant il y avait bel et bien motif. N'éprouvait-il pas de l'amitié et de l'affection pour ses chers Sahaabah (Radiyallahou anhoum‎) ? Peut-il y avoir de meilleur motif ? Mais pourquoi n'a-t-il pas fait de Dou'aa pour ces Sahaabah après la Salaah du Djanaazah, lui qui est : Rahmat-oul-lil-Aalamîne (bénédiction pour l'univers) et qui a même fait la Salaah du Djanaazah pour les non-croyants tel comme pour celui du chef des hypocrites, Abdoullah Bin Oubaï Bin Saloul ? Il a même fait de Dou'aa d'Istighfâr en faveur des non-croyants. Il faut préciser cependant qu'il a fait cela avant la révélation des versets 84 et 113 du Sourah 9 (Sourah Taubah).

Si en dépit de l'existence de motif solide Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) n'a pas fait de Dou'aa pour ses Sahaabah (Radiyallahou anhoum‎) après la Salaat-oul-Djanaazah, cela constitue plus qu'une preuve suffisante pour affirmer que cette pratique ne cadre pas avec le Charî'ah. C'est donc un Bid'ah ; une manière d'ajouter dans son Ibaadah‎ quelque chose de plus, de superflu et qui en toute vérité ne fait pas partie de l'Islâm. C'est la raison pour laquelle les Ou'lamaa de toutes les époques ont désapprouvé cette pratique.

Imaam Aboû Bakr Bin Hamid (264H) dit :

"Faire le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah est Makroûh‎‎"

Quant aux Allaamah‎‎ Shams-oul-Aimmah Al-Halwai (454H) et Allaamah‎‎ Qaazî Shaghdî (461H) ils disent :

"Nul n'a le droit de se tenir debout pour faire le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah."

Imaam Taahir Bin Ahmad Boukharî Sarakhçî (545H) dit :

"Ne restez pas debout pour faire le Dou'aa pour le Mayyite après la lecture du Qour'aan Karim, faite soit avant ou après la Salaat-oul Djanaazah." (Khoulaasat-oul-Fataawaa)

Un autre savant en la personne d'Allaamah‎‎ Siraadjouddîne‎‎, l'auteur de 'Fataawaa Siraadjiyah' (569H) dit :

"Quand on a terminé la Salaat-oul-Djanaazah, ne restez pas debout pour faire le Dou'aa."

Le célèbre juriste du 7ème siècle, Cheïkh Moukhtaar Bin Mouhammad Zahid (658) est du même avis qu'Allaamah‎‎ Siraadjouddîne.

Faisant allusion à la même pratique (Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah), Cheïkh Ibn-oul-Haadj (737H) dit dans son livre "Al Moudkhal" :

"C'est une coutume qui doit être abandonnée."

L'auteur de 'Fataawaa Bazzaaziyah', Cheïkh Haafiz-oud-Dîne Mouhammad Bin Shihaab (827H) dit :

"Il ne faut pas rester debout et faire le Dou'aa après la Salaat-oul-Djanaazah, ceci ayant déjà été fait, car la plus grande partie de la Salaat-oul-Djanaazah comprend le Dou'aa même."

Cheïkh Shamsouddîne Mouhammad Khouraçaanî (962H) dit :

"Il ne faut pas faire de Dou'aa."

Allaamah‎‎ Ibn-e-Noujaim (969H) dit :

"Ne faites pas de Dou'aa après salaam (de la Salaat-oul-Djanaazah)."

Allaamah‎‎ A'1î Al Qaarî‎‎‎‎ (1014H) dit dans son livre 'Al Mirqaat', commentaire de Mishkaat Charîf :

"Ne faites pas de Dou'aa pour le mayyite après la Salaat-oul-Djanaazah parce que cela équivaut à y ajouter quelque chose."

La Salaat-oul-Djanaazah donc est un Ibaadah‎ qui comprend essentiellement de Dou'aa pour le mayyite et doit être pratiquée comme l'avait pratiquée Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et les Salf-é-Saalihîne. Le fait que le Dou'aa n'a pas été fait à cette occasion prouve d'une manière un peu plus clair que c'est quelque chose de superflu qui a été ajoutée à cette Salaah. Une telle pratique donc doit être absolument rejetée. Un hadîce de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) se lit comme suit :

"Celui qui introduit quelque chose qui ne se trouve pas dans le Dîne doit être rejeté"

Il y a une autre pratique qui doit être mentionnée ici : donner l'Azaan sur le Qabr‎‎ (la tombe) après le tadfïne (l'enterrement) du mourdah (défunt). Cette pratique également est condamnable. Le fait qu'elle n'a pas été pratiquée par Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) et les Salf-é-Saalihîne malgré l'existence de motif suffit pour condamner cette pratique. En effet Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam), les Sahaabah‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎) et les Salf-é-Saalihîne aussi enterraient leurs morts et pourtant il n'y a absolument aucune indication qu'ils donnaient l'Azaan sur le Qabr‎‎ après la Salaat-oul-Djanaazah.

Allaamah‎‎ Ibn-e-Hajr (R) et Allaamah‎‎ Shaamî (R) ont tous, deux désapprouvé cette pratique. Dans son livre 'Raddoul Mouhtaar', plus connu comme 'Shaamî' Allaamah‎‎ Shaamî (R) écrit :

"Donner l'Azaan au moment de déposer le mayyite dans le Qabr‎‎, comme c'est la pratique de nos jours, n'est pas Sounnah. Allaamah‎‎ Ibn-e-Hadjar (R) a précisé dans son Fatwaa que c'est un Bid'ah. Il a aussi dit que celui qui croit que cette pratique est Sounnah en la comparant à la permissibilité de donner l'Azaan et Iqaamah à l'oreille droite et gauche respectivement du nouveau né et afin de faire le dernier moment ressembler au premier moment n'a pas raison."

Plus loin Allaamah‎‎ Shaamî (R) dit :

"En effet, il y a parmi nos savants et d'autres encore, qui ont précisé que la pratique de 'Mouçaafaha (se serrer les mains - l'accolade) après la Salaah est Makroûh‎‎ et cela en dépit du fait que cette pratique en elle-même est Sounnah. Cette pratique est Makroûh‎‎, ajoute Allaamah‎‎ Shaamî (R), parce qu'elle n'a pas été rapportée à cette occasion spécifiquement. Donc la régularité sur cette pratique est trompeuse donnant l’impression au public que c'est Sounnah en cette occasion-là. C'est pour la même raison qu'il est interdit de se réunir (dans la mosquée) pour faire les Salaahs‎‎ recommandées que quelques mouta'aabid (Ibaadah Gouzaar) ont introduit, car ceci (faire les Salaahs‎‎ recommandées/Nafl) n'a pas été rapporté dans cette forme-là (en se réunissant en Djamaa'ah) pendant ces nuits spécifiques (Chabb-e-Baraat par exemple)."

Il y aussi le principe mentionné par les savants selon lequel une pratique permise en elle même devient Bid'ah en raison des éléments extérieurs. Selon ce principe, une pratique que le Charî'ah a autorisée inconditionnellement devient Bid'ah si on attache de condition de lieu, de manière ou de temps avec elle. Par exemple donner à manger aux pauvres est un acte fort louable et qui renferme beaucoup de récompenses; mais si on attache des conditions à cette pratique en donnant à manger aux pauvres en des jours spécifiques tel que le 3ème ou 40ème jour après la mort d'un parent ou de n'importe qui elle devient alors Bid'ah. Nul part dans le Charî'ah une condition de temps - 3ème/40ème - est attachée à cette pratique.

Allaamah‎‎ Shaamî (R) dit :

"C'est Makroûh‎‎ d'inviter (les gens) à manger chez la famille du défunt (mayyite) parce que ceci est fait à l'occasion d'un contentement et non à l'occasion d'un malheur (c.à.d. à l'occasion d'un événement heureux et non malheureux). C'est un vilain Bid'ah."

Imaam Ahmad Bin Hambal (R) et Imaam Ibn-e-Maadjah (R) ont tous deux fait mention d'un hadîce, dont le sanad est authentique, rapporté par Hazrat Jarîr Bin Abdoullah (Radiyallahou anhou‎) et qui se lit comme suit :

"Nous considérons (l'action de) se réunir chez la famille du défunt (mayyite) et préparer de la nourriture comme 'lamentation'."

A noter que Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a formellement interdit de se lamenter. Ainsi Hazrat Jarîr Bin Abdoullah (Radiyallahou anhou‎) a voulu faire comprendre que ces genres de pratiques étaient interdits chez les Sahaabah‎‎-e-Kiraam (Radiyallahou anhou‎) tout comme la pratique de se lamenter à la mort d'un proche.

Allaamah‎‎ Shaamî (R) se référant à 'Fataawaa Bazzaaziyah', dit :

"C'est Makroûh‎‎ de préparer de la nourriture pour donner à manger le 1er, 2ème, 3ème et 7ème jour de la mort, d'apporter de la nourriture sur la tombe à l'occasion des fêtes, de lancer de da'wat (d'invitations) et de réunir des Pieux et des Qaaris à l'occasion de la lecture du Qour'aan-é-Karîm ou pour la récitation du Sourah Al An'aam ou Al Ikhlaas. Bref, donner à manger à l'occasion de la lecture du Qour'aan-é-Karîm est Makroûh‎‎."

Il faut faire ressortir que lire ou réciter le Qour'aan-é-Karîm et inviter les pauvres à manger sont des pratiques qui comportent beaucoup de çawaabs. Et si malgré cela on les a déclarées Makroûh‎‎ c'est justement à cause des conditions qui sont attachées à ces pratiques, comme par exemple la fixation des jours spécifiques, alors que le Charî'ah n'y a pas attaché de telles conditions.

Dans le livre de hadîce de Sounan‎‎-e-Daarimî, il y a un hadîce où Hazrat Abdoullah Bin Mas'oûde (Radiyallahou anhou‎) a désapprouvé dans des termes très sévères un groupe de gens qui étaient assis dans la mosquée et où l'un d'entre eux demandait aux autres de réciter un certain nombre de 'Soubhaanallaah' et 'Allaahou Akbar'. Cet éminent Sahaabî (Radiyallahou anhou‎) a adopté un ton dur à l'endroit de ce groupe-là parce que ni Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam), ni les Sahaabah‎‎-e-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎) n'a fait le Zikr de cette manière.

Il serait bon d'ajouter ici qu'augmenter le degré d'importance d'une pratique, par exemple considérer une pratique comme Waadjib alors que le Charî'ah n'a pas accordé le degré de Waadjib à cette pratique, est aussi Bid'ah. Dans le Boukharî Charîf il y a un hadîce où Hazrat Abdoullah Bin Mas'oûde (Radiyallahou anhoum‎) dit :

"Que personne d'entre vous ne laisse à chaïtaan une partie de sa Salaah croyant qu'il doit absolument se lever (de la Salaah) du côté droit. Maintes fois j’ai vu Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) se lever du côté gauche."

Commentant ce hadîce, Imaam Tirmîzî (R) dit :

"La pratique en vigueur chez les Sahaabah‎‎(Radiyallahou anhou) c'est la liberté de se lever de n'importe quel côté."

Donc si quelqu'un pense qu'il doit absolument se lever de la Salaah du côté droit ou gauche tandis que le Charî'ah, comme nous venons de le voir, n'a pas mis autant d'emphase sur une telle pratique, cela équivaut à laisser une partie de sa Salaah à Chaïtaan. Il faut préciser que ce principe n'est pas restreint à la Salaah mais s'applique à toute pratique, qui de par notre attitude ou conception, occasionne un changement dans l'importance que le Charî'ah a accordé à cette pratique.

Dans son commentaire de Mishkaat Sharif, 'Al Mirqaat', Allaamah‎‎ A'lî Al Qaarî‎‎‎‎ dit :

"Allaamah‎‎ At-Tibi dit que de ce hadîce (de Ibn-é-Mas'oûde (Radiyallahou anhou)) vient le principe selon lequel celui qui est régulier sur une pratique recommandée et la considère tellement essentielle qu'il ne pratique pas son côté souple, alors certainement Chaïtaan a réussi à l'égarer."

Si tel est le cas pour ce qui est d'une pratique recommandée, combien grave est-il donc d'être régulier sur une pratique inconnue dans l'Islâm ?

MISE AU POINT

Le message d'Allah Ta'aala comme contenu dans le Qour'aan-é-Karîm et dans les enseignements de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) n'est pas limité à l'époque de ce dernier. Aussi c'est un message qui concerne l'humanité toute entière transcendant les barrières géographiques, de race et de couleur.

Il est vrai que le Charî'ah n'a pas spécifié tous les problèmes qui surgiront jusqu'au Dernier Jour. Cependant il (le Charî'ah : Qour'aan et Hadîce) a établi certains principes à partir desquels des solutions pourront être trouvée aux différents problèmes. En effet, c'est de cette manière qu'ont procédée les Moudjtahidîne et ces principes Alhamdoulillaah les ont aidés à solutionner d'innombrables problèmes. Et c'est de la même manière que doivent procéder les savants de nos jours et ceux des jours à venir pour résoudre les différents problèmes qui se posent et qui se poseront jusqu'au Qiyaamah. Tout ceci nous mène à comprendre que les solutions émises par les Moudjtahidîne à la lumière du Qour'aan-é-Karîm et du Hadîce Charîf ne sont pas exclus du Charî'ah et ne sont en aucune manière Bid'ah. C'est la raison pour laquelle 1'Idjtihaad et les Qiyaas (analogie) faits à la lumière des principes du Qour'aan et du Hadîce sont considérés comme une preuve du Charî'ah. En conséquence toute pratique prouvée par une de ces deux autorités est conforme au Charî'ah et ne peut être qualifiée de Bid'ah.

LA GRAVITÉ DE BID'AH

Ce ne sera guère exagéré de dire ici qu'après le Koufr et le Chirk, le Bid'ah est la pratique la plus condamnée par Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Tout comme le Koufr et le Chirk déracinent le concept de Tauhîde et la base de l'Islâm similairement le Bid'ah défigure l'Islâm et laisse la porte ouverte à toutes sortes de manipulations et ce à tel point que le vrai visage de l'Islâm se métamorphose graduellement pour devenir à la fin méconnaissable. Cette pratique deviendra tellement étrange qu'on l'attribuera difficilement à cette belle religion qu'est Al Islâm.

Personne ne doit perdre de vue que ce Dîne a déjà été complété et Allah le proclame Lui-même dans le Qour'aan, Sourah Maaidah (5), verset (3) :

"Aujourd'hui, j'ai complété pour vous votre Religion (Dîne-e-Islâm)."

Donc, la personne qui apporte des innovations dans le Dîne se rend coupable d'un péché très grave car cela suppose que le Dîne-e-Islâm n’est pas complet et que les enseignements de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) comportent des manquements (Na'oûzoubillah) et nécessitent des additions.

Le Bid'ah comporte un autre élément grave, très grave même. En effet la personne coupable de la commission de Bid'ah n'aura pas le Taufîq de faire le Taubah (repentir) parce qu’il est sous l'impression que son ignoble pratique de Bid'ah est un Ibaadah‎. Par contre, une personne coupable d'un autre type de péché peut, tôt ou tard, se repentir car il est conscient qu'il a commis un péché.

Aussi, le Bid'ah a une incidence directe et néfaste sur le Dîne et le Moubaarak (béni) Sounnah de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). En effet, dans un hadîce de Baihaqui rapporté dans Mishkaat Charîf, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) dit :

"Celui qui témoigne de l'estime pour un auteur de Bid'ah, c'est comme s'il a aidé à la démolition de Dîne."

Jadis, c'était essentiellement les kouffaar qui faisaient tout pour démolir le Dîne. Mais depuis certain temps quelques musulmans sont venus prêter main forte à cette besogne infecte en s'adonnant au Bid'ah. Le Bid'ah contribue également à l'élimination, pour ne pas dire la mort, du Sounnah. Un hadîce de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) est clair là-dessus.

"Il n'y a pas un seul peuple qui pratique un Bid'ah sans qu'un Sounnah en retour de ce Bid'ah ne soit éliminé. Donc pratiquer un simple et petit Sounnah est meilleur qu'introduire un Bid'ah (apparemment bon)." (Mishkaat et Mousnad Ahmad)

Avis à toute personne qui proclame aimer son Dîne et Son Raçoul (Sallallaahou A'laihi Wasallam)!

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.2 No.5]