Porter le bourqah (le voile)

Q. Mon mari qui, à mon avis, se laisse gagner par l'extrémisme religieux qui ravage le Moyen-Orient en ce moment me demande de porter le bourqah (le voile). Mais le fils d'un grand Maulaanaa m'a dit que le bourqah est tout simplement une coutume arabe et n'a rien à voir avec l'Islâm. Mon mari, quant à lui refuse de faire la différence entre "coutume arabe" et "pratique islamique." Pouvez-vous me donner votre avis à ce sujet ?

R. Le port du Hijaab ou du pardah comprenant le bourqah ou le jilbaab est un commandement d'Allah Soubhaanahoû wa Ta'aala sur les musulmanes pubères. A cet effet, Allah Ta'aala dit dans le Qour'aan-é-Karîm :

"Et dis aux croyantes qu'elles baissent leur regard et qu'elles gardent leur chasteté et qu'elles ne montrent pas de leur "zinat" à l'exception de ce qui doit rester normalement découvert." (16:31)

Selon Hazrat Abdoullah Bin Mas'oûde (Radiyallahou anhou‎), "à l'exception de ce qui doit rester normalement découvert" signifie "les vêtements extérieurs", car, selon lui, la beauté est classifiée en deux catégories :

  1. Beauté intérieure comme l'anneau de la cheville (paayal), bracelet, boucle d'oreille et la chaine.
  2. La beauté extérieure comprend les vêtements extérieurs.

Évidemment il n'est pas interdit à un homme de regarder les bijoux quand ils ne sont pas sur le corps d'une femme. Au cas contraire les bijoutiers n'auraient pas eu le droit de les fabriquer et les commerçants de les manipuler. Les Ou'lamaa sont unanimes sur le fait que l'interdiction de regarder les bijoux ne s'appliquent pas quand ils ne sont pas sur le corps. Il est évident que l'interdiction frappe sur celui dont le regard est braqué sur des bijoux que portent les différentes parties du corps féminin.

Donc, d'après le verset précité nous comprenons qu'il est interdit aux femmes d'exposer n'importe quelle partie de leur corps, car la beauté qui a été exemptée dans le verset se réfère à la beauté extérieure, qui, comme nous avons vu, selon Hazrat Abdoullah Bin Mas'oûde (Radiyallahou anhou‎) n'est autre que les vêtements extérieurs.

Soutenant le Tafsîr de Hazrat Abdoullah Bin Mas'oûde (Radiyallahou anhou‎), Hazrat Aboû I'shaaq (R) mentionne le verset 31 du Sourah 7 où le mot "zinat" est utilisé pour l'habillement. En effet dans ce verset Allah Ta'aala dit :

"Ô, les fils d'Adam, prenez votre "zinat" au cours de chaque Salaah." Selon les savants de Tafsîr‎, ici, le mot "zinat" se réfère aux vêtements.

Hazrat Ibn Atiyyah(R) dit :

"Dans ce verset (V31 Sourah 16) les femmes ont été ordonnées de ne laisser aucune partie de leur corps exposée et doivent à tout prix cacher tout ce qui est "zinat" à l'exception de ce qui reste découvert à cause de la nécessité du mouvement. Donc les femmes ne seront pas tenues coupables pour les parties qui restent découvertes à cause de cette nécessité."

Au verset 59 du Sourah 33 Allah dit :

"Ô, le Prophète ! Dis à tes épouses et à tes filles et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs "jilbaab."

Le jilbaab est un grand voile que doit porter toute musulmane pubère pour se couvrir le corps entièrement.

Évoquant le "Shaan-é-Nouzoûl" (circonstance dans laquelle un ou plusieurs versets ont été révélés) Allaamah‎‎ Qourtoubî (R) dit :

"Les femmes arabes avaient l'habitude de s'habiller en tenue légère et de laisser leur visage découvert conformément au comportement des femmes esclaves. Alors cela permettait aux hommes de les voir tout en occasionnant toutes sortes de pensées sales à leur égard. Donc Allah Soubhaanahoû wa Ta'aala a ordonné à Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) d'ordonner aux musulmanes de porter le jilbaab quand elles doivent sortir en cas de nécessité."

Selon Hazrat Abdoullah Bin Abbaas ‎ (Radiyallahou anhou‎), à la lumière de ce verset, les femmes doivent baisser une partie de leur jilbaab de façon à ce que seulement un oeil ou les yeux restent découverts leur permettant ainsi de bien voir la route.

Commentant le même verset Allaamah‎‎ Aboû Bakr Al Jassaas (R) dit :

"Dans ce verset il y a une preuve concrète qu'une jeune femme doit avoir son visage caché devant un homme étranger (ghair mahram)."

D'après Imaam Maalik (R), Imaam Chaafi'î (R) et Imaam Ahmad Bin Hambal(R), une femme doit se cacher le corps entièrement y compris le visage et les poignets. Elle n'a pas le droit de se présenter devant un ghair mahram (homme étranger) sans porter le voile. Quand à Imaam Aboû Hanîfah (R), il est d'avis qu'une femme doit se couvrir entièrement à l'exception de son visage à moins qu'il y ait danger de fitnah quand le visage resterait découvert, et si tel est le cas elle doit alors couvrir le visage également. Il est évident que, de nos jours où l'immoralité est à son comble, le danger de fitnah est plus que réel. D'ailleurs la beauté de la femme se trouve surtout au visage. Donc, dû à l'existence inévitable du fitnah, la femme musulmane doit aussi se cacher le visage d'après Imaam Aboû Hanîfah (R) également.

Nous voyons donc que pour une femme le pardah qui signifie le port du voile pour se couvrir le corps entièrement est accepté par les quatre Aimmah (R) et c'est une loi islamique à laquelle doit se soumettre chaque musulmane pubère. Les Sahaabah‎‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎), les Taabi'îne (R) et les Ou'lamaa-é-Dîne de toutes les époques ont compris cela et ils l'ont mis en pratique comme une loi islamique et non pas comme une coutume arabe.

Votre mari a parfaitement raison quand il vous dit de porter le pardah. Ainsi il a assumé ses responsabilités non seulement comme un bon musulman mais aussi comme un bon époux, soucieux de l'aspect de Dîne de son épouse.

Le port du bourqah‎h est synonyme de décence et un moyen pour les musulmanes de préserver leur honneur, dignité et chasteté. Le pardah est en fait un antidote contre l'indécence et l'immoralité qui prévalent et rongent la société moderne.

Autrefois, quand les européens colonisaient certains pays, ils qualifiaient les gens de barbare à cause de leur nudité. Comble de l'ironie, aujourd'hui ces soi-disant civilisés, eux-mêmes, ne font que pratiquer, encourager et promouvoir la nudité comme une "belle" étiquette sociale. Hélas, nous, musulmans, qui sommes supposés être le symbole même de la décence, ne faisons que suivre le mode de vie des kaafirs qui ne peuvent que nous apporter la déception dans ce monde et dans l'Aakhirah. Pis, certains d'entre nous osent même se moquer de celles qui observent le pardah qui, pourtant est un commandement de notre Créateur, celui vers qui chaque âme retournera. De nos jours, pratiquer le Dîne d'après le Sounnah de Nabî‎‎-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) est, pour certains, synonyme d'intégrisme et d'extrémisme. On peut comprendre cela quand il vient de la bouche de nos ennemis qui à travers leur média n'ont que les mots "intégrisme" et "extrémisme" pour qualifier le monde musulman. Pour eux, pratiquer 1'Islâm c'est de l'intégrisme et refuser de faire "l’Ittibaa" de leur société pourrie et corrompue signifie extrémisme. Mais c'est vraiment désolant quand de la bouche d'une personne qui a lu le kalimah "Laa ilaaha illallaah" de telles contre-vérités sont débités à l'encontre des commandements d'Allah Ta'aala. Nous n'avons que nous-mêmes à blâmer, car chaque jour nous nous éloignons un peu plus de notre Dîne et nous nous noyons dans le matérialisme. Nous ne nous faisons aucun souci de l'Aakhirah qui pourtant sera notre demeure éternel. Tout cela est le résultat de notre ignorance de la religion, Al-Islâm, qui est le seul salut pour toute l'humanité. Chaque père, chaque frère et chaque époux doivent se demander : "Est-ce que ma fille, ma soeur ou mon épouse s'habille correctement? Est-ce que j'ai pris la peine pour qu'elle ait une éducation islamique adéquate ? Ou alors, suis-je, moi-même, éduqué, islamiquement parlant ? Si oui, est-ce que j'ai pris la peine pour propager ma connaissance ? Si non quand est-ce que je comprendrai combien l'éducation islamique est importante pour que j'aille enfin me faire instruire et donner l'occasion aux autres de se faire instruire ? Il ne faut pas oublier qu'un jour on aura des comptes à rendre à Allah Ta'aala. Qu'on le veuille ou non ce jour viendra et chaque minute et chaque seconde qui s'écoulent le rapproche de nous. Et ce jour-là la seule devise, la seule monnaie d'échange qui sera acceptable auprès d'Allah Ta'aala sera nos bonnes actions et non pas nos biens, nos richesses ou notre statut social dans ce monde éphémère. Nous devons réfléchir et prendre des actions appropriées avant que la mort nous surprenne.

De toute évidence, le fils du Maulaanaa qui vous a dit que le port du bourkah est une coutume arabe est manifestement dans l'erreur et il est un "goumrah" (dévié) du Çiraat-oul-Moustaqîme.

Qu'Allah nous protège contre le nafçaaniyat et contre les pièges de chaïtaan, Qu'Il nous donne le Taufîq et nous guide dans le Droit Chemin. Aamîne.

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.2 No.6]