Le soub'hah

Le soub'hah est cet objet formé de grains enfilés que l'on fait glisser entre ses doigts en récitant les Tasbîhaat/Zikrs. Chez nous c'est plus connu sous le nom de "Tasbîh"‎‎. Est-il permis d'utiliser le soub'hah pour faire le zikr ? Certains se demanderont sûrement si cette question mérite d'être posée ou pas. Quoi qu'il en soit l'Imaam d'une mosquée a qualifié l'utilisation de soub'hah d'imitation des "ghair-qaûm." Nous avons donc jugé nécessaire de dissiper toute confusion à ce sujet.

Il est à noter que l'Imaam en question n'a jusqu'ici pas jugé bon d'attirer l'attention des musulmans sur bon nombre de négligences graves dont beaucoup de musulmans sont coupables, comme par exemple le rasage de la barbe ou le port du pantalon sous les chevilles, entre autres. Pourtant il y a bel et bien des ahaadîce authentiques qui condamnent ces pratiques.

Concernant le port du pantalon sous les chevilles, Nabî‎‎-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit :

"La partie qui se trouve sous les chevilles sera en enfer."

Pour ce qui est de la barbe Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit :

"Faites le contraire de ce que font les moushrikîne, laissez pousser la barbe et taillez la moustache."

De nos jours il est malheureux de constater que certains Imaams sont devenus les émules des politiciens. Ils parlent selon les désirs et la tendance du public. C'est cela qui les empêche de parler de la gravité du rasage de la barbe ou du port du pantalon sous les chevilles. En général, le public n'apprécie pas qu'on parle de ces choses-là car bon nombre de gens sont coupables de ces péchés-là.

L'utilisation du Tasbîh‎‎ est considérée comme archaïque par les "modernistes." C'est ce terme qui est compatible à ce public qui s'est européanisé sans s'en rendre compte. Les "modernistes" sont allergiques à l'utilisation du Tasbîh‎‎. Ils ont peur de ressembler aux orthodoxes. Donc, pour satisfaire les modernistes, on a jugé bon de critiquer le Tasbîh‎‎ qui pourtant a été utilisé par les Salaf-e-Saalihîne.

Au lieu de voir dans l'utilisation du Tasbîh‎‎ une imitation des "ghair qaûm", l'Imaam aurait dû examiner sa propre tenue vestimentaire qui n'est qu'une copie conforme de celle des kaafirs c.à.d. chemise et pantalon ! Quand est-ce que l'Imaam va-t-il abandonner cette tenue et ensuite avoir le courage de la qualifier d'imitation des ghair-qaûm? Qu'Allah nous accorde tous le taufïq de nous rétracter quand nous nous rendons compte de nos erreurs ou alors quand quelqu'un nous indique nos fautes. Sans doute c'est une très bonne qualité que chaque musulman, digne de ce nom, doit adopter et cultiver.

Il faut savoir qu'il n'y a aucun hadîce qui interdit l'utilisation du Tasbîh‎‎ ou qui la qualifie d'imitation des ghair-qaûm.

Dans un hadîce de Aboû Daawoûde, il est rapporté qu'une fois Hazrat Sa'd Bin Abî Waqqaas (Radiyallahou anhou‎) accompagna Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) chez une Sahaabîyyah (Radiyallahou anhou‎) qui avait devant elle des noyaux de dattes et des cailloux avec lesquels elle comptait ses Tasbîhaat. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) lui dit:

"Ne voulez-vous pas que je vous montre quelque chose qui est plus facile (ou il a dit "meilleur') que cela..."

Selon un hadîce de Tirmîzî, Hazrat Safiyyah (Radiyallahou anhou‎) rapporte que Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) était venu chez elle alors qu'elle avait devant elle 4000 grains à l'aide desquels elle comptait ses Tasbîhaat. Nabî‎‎-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) lui demanda :

"As-tu terminé les Tasbîhaat avec cela ? Ne veux-tu pas que je te montre quelque chose qui vaut plus que ce que tu as fait comme Tasbîhaat...."

Commentant les deux ahaadîce susmentionnés dans son livre Nail-oul-Autaar, Allaamah‎‎ Shawkaanî (R) dit :

"Ces deux ahaadîce prouvent qu'il est permis de compter les Tasbîhaat au moyen des grains et des cailloux et similairement avec le soub'hah (grains enfilés) vu l'absence de différence entre les grains détachés et ceux qui sont enfilés. Cela à cause de l'approbation du Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam)  à ces deux dames et parce qu’il n'a formulé aucune objection. Le fait de prodiguer ce qui est meilleur ne contredit pas la permissibilité. En effet il y a des récits qui évoquent la permissibilité."

Selon un récit d'Aboû Daawoûde il est dit que Hazrat Aboû Houraïrah (Radiyallahou anhou‎) avait un sac rempli de grains ou de cailloux dont il se servait pour compter les Tasbîhaat. Selon un hadîce mentionné dans Nail-oul-Autaar il est dit que Hazrat Aboû Safiyyah (Radiyallahou anhou‎) avait un sac rempli de cailloux à l'aide desquels il faisait le Tasbîh‎‎ (zikr).

Selon un récit rapporté par le Mousannaf Ibn Aboû Chaïbah‎ et Ibn Saad, il est mentionné que Hazrat Sa'd Bin Abî Waqqaas (Radiyallahou anhou‎) se servait des cailloux pour faire le Tasbîh‎‎.

D'après le Tabaqaat de Ibn Sa'd, Hazrat Faatimah Bint Housseïne (Radiyallahou anhou‎) avait une ficelle comportant des noeuds dont elle se servait pour faire le Tasbîh‎‎.

Dans Nail-oul-Autaar il y a un récit qui mentionne que Hazrat Aboû Houraïrah (Radiyallahou anhou‎) avait une ficelle comportant mille noeuds et qu'il n'allait pas au lit tant qu'il ne complétait pas les milles Tasbîhaat qu'il comptait à partir de ces noeuds. Selon un autre récit de Nail-oul-Autaar, il est dit que Hazrat Aboû Darda (Radiyallahou anhou‎) avait un sac rempli de grains qu'il utilisait pour faire ses Tasbîhaat.

Allaamah‎‎ Djalaalouddîne-As-Souyoûtî (R), un célèbre et éminent savant du dixième siècle Hidjrî‎ dit :

"Il n’y a aucune interdiction qui a été rapportée par les savants d'avant (prédécesseurs) et d'après (successeurs) concernant l'utilisation du soub'hah (Tasbîh‎‎) pour compter le Tasbîhaat. Au contraire, la majorité d'entre eux s'en servait. Ils ne le considéraient pas comme Makroûh‎‎." (Nail-oul-Autaar)

Nous voyons donc que le Saint Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) n'a jamais interdit l'utilisation du soub'hah ni a-t-il vu en cela une imitation des ghair-qaûm. Comme l'a dit Allaamah‎‎ Souyoûtî (R) il n'y a personne parmi les savants qui l'a interdite.

D'où l'Imaam a-t-il puisé pour qualifier le Tasbîh‎‎ d'imitation de ghair-qaûm ? C'est au public musulman maintenant de tirer ses conclusions. Nous tenons à rappeler que rétracter pour ses fautes commises est une très bonne qualité chez celui qui craint son créateur.

Qu'Allah nous guide dans le Droit Chemin et qu'Il nous protège des fitnah et autres machinations de Chaïtaan‎. Aamîne.

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.3 No.1]