Ihçaan‎‎

Le mot "Ihçaan‎‎" est dérivé de "Housn" qui signifie "perfectionner" ou "embellir." Littéralement donc, Ihçaan‎‎ veut dire "le perfectionnement ou l'embellissement de bonnes actions." Dans le contexte du Charî'ah‎‎ cependant, ce mot a une signification toute particulière. Il se réfère à un état où l'on agit et se comporte comme si on est en train de voir Allah Ta'aala devant soi, ou alors on est au moins conscient qu'Il nous observe. En d'autres mots, on ressent la présence d'Allah Ta'aala dans tous les aspects de la vie quotidienne.

L'IMPORTANCE DE IHÇAAN‎‎

Le degré d'embellissement atteint en accomplissant une tâche ou pratique quelconque est dicté par le volume d'intérêt qu'on porte à l'action. Cet intérêt, à son tour, repose principalement sur:

  1. l'acquisition de bienfaits, et
  2. la protection contre les méfaits et les retombées néfastes.

Plus une personne réalise les avantages découlant d'une pratique, plus elle l'accomplit avec soin. De même, plus une personne se rend compte des inconvénients causés par une action, plus elle s'efforce de l'éviter. On n'osera pas toucher à un conducteur qui transporte un énorme courant électrique car on connait le danger, mais on n'hésitera point à acheter un médicament s'il nous est bénéfique, bien qu'il soit fort cher et rude au goût.

En tant que Musulman, nous croyons au "Hiçaab Kitaab", c.à.d. on a la certitude qu'un jour on sera jugé pour tout ce qu'on a fait dans ce monde ici-bas; on croit en l'octroi de çawaab et l'infliction de Azaab par Allah Ta'aala, le "Ahkam-oul-Haakimîne" qui fera le jugement dans l'Aakhirah. Évidemment, le comportement d'une personne sera réglé par la foi qu'elle possède. Plus il croit dans ce qu'il fait, plus il sera ferme et constant. Combien il est convaincu des punitions qu'engendrent les péchés déterminera l'effort qu'il fera pour éviter ces mêmes péchés. Quant à son ardeur à accomplir de bonnes actions, elle dépendra de sa foi en les çawaab (récompenses) qui en découlent.

Donc, si une personne cultive un état d'esprit qui la rend conscient d'être en la présence d'Allah ou au moins consciente du regard d'Allah, son zèle pour accomplir de bonnes oeuvres et s'abstenir des actions blâmables n'en sera que plus grand. Un état mental développe en soi la qualité vertueuse du "Hayaa" qui empêche de tomber dans la turpitude. Aussi, une personne s'avilit aux yeux d'Allah Ta'aala, si elle s'adonne aux choses proscrites et délaisse les actes prescrites (avec différents degrés d'emphase). Avec le développement de Ihçaan‎‎, une personne acquiert la pudeur et la décence morale ainsi que spirituelle qui la feront éviter toute conduite qui la déshonorera aux yeux d'Allah Ta'aala. Ainsi c'est de cette façon - pour qu'on soit bon pratiquent, digne de son titre de musulman - que le développement de Ihçaan‎‎ se trouve être très important.

Pour mieux comprendre l'Ihçaan‎‎ prenons l'exemple d'un ouvrier qui travaille en présence de son patron et d'un autre qui travaille en l'absence de son patron. Il est tout à fait normal que, dans le premier cas, le travail accompli en la présence et sous le regard du patron n'en sera que plus correct et efficace. Par contre, le deuxième ouvrier ne sera pas aussi dévoué et appliqué dans sa tâche où la qualité fera cruellement défaut. De même, quand une personne atteint le niveau d'Ihçaan‎‎ dans son comportement, elle agit comme l'ouvrier travaillant sous le regard attentif de son patron - elle est consciente de la présence, du regard et de la surveillance de son Maître. Donc toute perfection ou tout manquement dans le comportement humain reflète la condition d'Ihçaan‎‎ de la personne.

LE TAÇAWWOUF ET SON BUT

L’époque du Saint Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam) on apprenait le Charî'ah‎‎ directement de sa bouche bénie. La question d'authenticité ne se posait même pas car on puisait directement de la source même, sans intermédiaire : tout ce qu'on entendait était catégorique et on ne peut plus véridique. Cependant, après quelque temps, les enseignements du Charî'ah‎‎ ne parvenaient aux bénéficiaires que par le biais des intermédiaires. Ces derniers devaient être contrôlés minutieusement du point de vue intégrité et véracité afin de pouvoir juger de l'authenticité de l'enseignement qu'ils transmettaient. Ainsi furent établies des disciplines telles I'lm-oul-Hadîce, Ouçoul-oul-Hadîce, I'lm-out-Tafsîr‎ et Fiqh. Cette classification n'existait pas du vivant de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam)- ce n'est que plus tard que le besoin de classifier les enseignements de l'Islâm en plusieurs branches se fit sentir. Ainsi, le I'lm-oul-Hadîce traite des enseignements corrects et authentiques de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam), le Fiqh concerne l'application correcte du Qour'aan-é-Karîm et des enseignements de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) dans la vie pratique d'un Musulman. De même, le Taçawwouf ou le I'lm Tahzîb-oul-Akhlaaq est une branche de l'Islâm qui s'occupe d'inculquer de nobles traits de caractère et des valeurs spirituelles, tout en purifiant le Nafs (âme) de ses maladies : hypocrisie, jalousie, arrogance, rancune, etc.

La condition sine qua non pour l'acceptation par Allah Ta'aala de toute bonne action est la sincérité. Celle-ci ne peut être atteinte sans purifier le Nafs - on peut en déduire l'indispensabilité du Taçawwouf. Son but est le développement du degré d'Ihçaan‎‎ qui est le degré d'Ikhlaas par excellence. Cela montre que le Taçawwouf n'est pas seulement recommandé mais aussi nécessaire voire indispensable même pour chaque Musulman qui se respecte comme tel.

L'acquisition de cet état d'esprit qu'est le Ihçaan‎‎, qui fait qu'une personne sente perpétuellement la présence d'Allah Ta'aala, se faisait sans entraînement particulier à l'époque de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) Il prenait racine automatiquement dans ceux qui demeuraient en la "souhbat" (compagnie) de Nabî‎‎-é-Karîm (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Après le wafaat de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam), cette bénédiction commença à s'estomper graduellement, à tel point que les Mashaaîkh durent établir (à la lumière du Qour'aan et des Ahaadîce) des principes pour atteindre ce but.

On pourrait questionner la légalité des moyens utilisés à cette fin, mais il faudrait aussi à ce moment-là questionner la création des Madrassahs‎ et des universités, tout le matériel scolaire (craies, cahiers, livres) etc., qui n'existaient pas du vivant de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Seul un écervelé osera questionner l'emploi de ces choses-là. D'ailleurs, aujourd'hui ce sont des outils indispensables pour un bon enseignement de Dîne, donc parfaitement justifiés et dans le cadre strict de l'Islâm.

Étant nécessaire et même indispensable pour le développement de Ihçaan‎‎, l'ensemble de ces principes qui constituent le Taçawwouf est obligatoire, cela en raison du fait que le moyen d'accomplir un Farz est aussi classé comme Farz. Si la Salaah est Farz, les moyens qui permettent son accomplissement le sont aussi. S'il incombe à quelqu'un de faire le Hadj, alors le paiement du billet d'avion, l'achat de l'Ihraam, la vaccination, etc. lui incombent aussi - sans ces démarches, on ne peut accomplir ce Farz-là. Donc, si le développement de Ihçaan‎‎ est nécessaire et important, l'adoption de ces principes (collectivement dénommés Taçawwouf) l'est aussi, car de nos jours on ne peut acquérir le Ihçaan‎‎ autrement.

LA NÉCESSITÉ D'UN CHEÏKH POUR LE DÉVELOPPEMENT DE IHÇAAN‎‎

Dans ce contexte, un Cheïkh est un guide spirituel qui est lui-même demeuré en la compagnie d'un Cheïkh pendant suffisamment de temps pour se purifier le Nafs et atteindre l'état de Ihçaan‎‎. La purification du Nafs n'étant pas une branche théorique mais relevant plutôt de la pratique, la supervision d'un Cheïkh s'avère indispensable. Tout comme n'importe quelle discipline ayant trait à la pratique doit être étudiée en la compagnie et sous la supervision d'une personne bien versée et qualifiée dans le domaine concerné, de même l'anoblissement du Nafs nécessite un Cheïkh qui a complété sa propre purification en suivant les directives d'un autre Cheïkh.

Chaque trait de caractère, qu'il soit bon ou mauvais, possède une définition distinctive, mais très souvent le Taalib (celui qui cherche à se purifier) éprouve des difficultés à distinguer les uns des autres. Cela le fait confondre entre vertu et vice. Par exemple, la bravoure et le Kibr (l'arrogance). L'un est une qualité de grand mérite tandis que l'autre est très mauvais. Cependant, la ligne de démarcation entre la bravoure et l'arrogance devient parfois si floue que le Taalib est apte à confondre les deux au niveau pratique. De même, la différence entre lâcheté et manque d'amour propre ainsi qu'entre humilité et couardise est parfois tellement subtile qu'elle échappe au Taalib qui ne sait plus si son comportement est motivé par des sentiments nobles ou vils. C'est seulement le conseil d'un Cheïkh-é-Kamil (guide spirituel qualifié) qui lui facilitera la tâche, car il pourra déceler le motif derrière l'attitude ou la conduite du Taalib.

C'est donc pour cela que pour se purifier son Nafs on a besoin d'une supervision permanente d'un Cheïkh pendant une période adéquate.

Quand vous rencontrez une personne qui a acquis le Zuhd (désintéressement) à l'égard du Dounyaa et la vertu d'être peu loquace, alors rapprochez-vous de lui, car la sagesse lui est inspirée. (Ibn-é-Maadjah)

Une fois on demanda au Prophète de l'Islâm (Sallallaahou A'laihi Wasallam) : "Qui peut-être le meilleur parmi nous [les Sahaabah‎‎(Radiyallahou anhoum)] ?

Il répondit : "Celui qui quand vous le voyez vous faites penser à Allah, quand vous l'écoutez, votre connaissance (de Dîne) augmente et quand vous voyez ses actions vous vous souvenez de la vie de Aakhirah." (Aboû Ya’la)

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.3 No.1]