Les péchés Kabîrah

"Si vous évitez les grands péchés qu'on vous a interdits, nous pardonnerons vos petits péchés et nous vous admettrons dans un endroit honorable." (4:31)

Il existe deux sortes de gounaah (péché) : le gounaah Kabîrah (grand péché) et le gounaah Saghîrah (petit péché). A la lumière de cet aayat (verset), nous pouvons déduire que celui qui s'arme d'un peu de courage et évite de commettre des gounaah Kabîrah, alors Allah lui promet d'absoudre Lui-même les gounaah Saghîrah.

Ne pas commettre de gounaah Kabîrah inclut accomplir les Faraaïz et les Waadjibaat car les délaisser constitue un gounaah Kabîrah. Donc, Allah fera Kaffaarah‎ des péchés Saghîrah d'une personne si elle s'acquitte régulièrement des Faraaïz et Waadjibaat tout en s'abstenant des autres gounaah Kabîrah.

Kaffaarah‎ signifie que ses Aa'maal Saalihah effaceront ses gounaah Saghîrah, ce qui rendra son compte sans reproches - il recevra des çawaab au lieu des punitions et entrera au Djannah (Paradis) et non au Djahannam (enfer). Comme rapporté dans un Hadîce Sahîh, quand quelqu'un fait son Wouzou pour accomplir la Salaah, le lavage de chaque partie du corps sert de Kaffaarah‎ pour ses gounaah. Quand il se lave le visage, les gounaah commis à l'aide des yeux, du nez et des oreilles seront pardonnés ; quand il se lave la bouche, seront aussi lavés les gounaah de la langue ; quand il se lave les pieds, les gounaah de ceux-ci seront effacés. Quand il va au Masjid, chaque pas devient Kaffaarah‎ pour ses péchés. Tous ces péchés sont effacés à condition que la personne évite tout gounaah Kabîrah. Celui-ci n'est pardonné qu'après le Taubah (repentir) ou bien par la bénédiction d'Allah Ta'aala.

Gounaah se réfère à tout ce qui est contraire aux ordres et au plaisir d'Allah. De ce fait, nous pouvons déduire qu'en vérité le gounaah dit Saghîrah n'existe point. Désobéir à Allah et aller à l'encontre de ses lois rend une personne coupable d'un énorme méfait. Ainsi, il est rapporté par Hazrat Abdoullah bin Abbaas ‎ (Radiyallahou anhou‎) que "tout ce que le Charî'ah interdit est un gounaah Kabîrah." Personne n'admet commettre des gounaah Saghîrah que par négligence car on les considère insignifiants et on ne s'en tracasse nullement. Au contraire, si nous péchons à tort et à travers avec insouciance, le Saghîrah se classera comme Kabîrah. Un grand personnage a dit que le gounaah Saghîrah et Kabîrah sont tel un petit scorpion et un grand scorpion, ou encore une petite braise et un grand brasier, dont on ne peut même pas supporter la moindre des deux douleurs. C'est pourquoi Hazrat Mouhammad Bin Qaarî‎‎‎‎ (RA) a dit que l'Ibaadah‎ le plus aimé d'Allah Ta'aala consiste à délaisser les gounaah Kabîrah car si, tout en accomplissant la Salaah et faisant le Tasbîh‎‎, une personne continue à s'adonner aux gounaah Kabîrah, son Ibaadah‎ n'est pas maqboûl (accepté). Hazrat Fouzeïl bin Ayaaz (R) a dit que plus on considère un péché comme véniel (léger), plus grave sera-t-il aux yeux d'Allah. Et les Salf-é-Saalihîne (personnes pieuses du passé) ont dit que chaque gounaah amène au Koufr, car il invite vers les Akhlaaq (caractères) et les Aa'maal des kaafirs.

Selon Mousnad Ahmad, Hazrat Aa'ichah (Radiyallahou anhou‎), dans une lettre adressée à Mou'aawiyah‎‎‎ (Radiyallahou anhou‎) écrit que quand un bandaa (serviteur) désobéit à Allah, ses admirateurs deviennent ses détracteurs et ses amis se retournent contre lui.

Rester indifférent à l'égard des péchés peut entraîner une personne vers la ruine éternelle. D'après un Sahîh hadîce, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit que quand un Mou'mine commet un gounaah, un point noir tache son coeur. S'il s'en repent par la suite, ce point disparaît. Sinon, le point s'agrandit jusqu'à ce que le coeur devienne complètement noir. Le Qour'aan a dénommé ceci "Raan" ce qui signifie que ses péchés ont rouillé son coeur.

C'est en raison des conséquences et punitions différentes selon le degré du péché commis (mineur ou majeur) que la catégorisation en "Saghîrah" (petit) ou "Kabîrah" (grand) a été établie.

Signification du Gounaah Kabîrah : Selon le Qour'aan, les ahaadîce et les explications des Salf-é-Saalihîne c'est n'importe quel gounaah qui comporte une punition ici-bas (Shar’i-Had), une malédiction, une calomnie ou un châtiment en Djahannam. Il inclut non seulement tout pêché dont la rétribution équivaut à, sinon dépasse, celle du gounaah Kabîrah, mais aussi tous les gounaah Saghîrah qui sont commis régulièrement, sans crainte ni souci.

En présence de Hazrat Ibné Abbaas ‎ (Radiyallahou anhou‎), quelqu'un avait dit qu'il existe sept gounaah Kabîrah. Hazrat Ibné Abbaas ‎ (Radiyallahou anhou‎) fit la remarque qu'il y en a plus de sept et que sept cents serait un chiffre plus juste.

Dans Boukharî et Mouslim se trouve un hadîce où Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit "Je vous informe que les pires gounaah Kabîrah sont au nombre de 3 : (1) Faire le Chirk avec Allah, (2) Désobéir à Allah, (3) Faire un faux témoignage ou mentir." Il est rapporté dans Boukharî et Mouslim que quelqu'un a demandé à Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) quel était le plus grand péché. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) répondit : "Faire Chirk avec Allah bien qu'Il t'ait créé." La personne demanda ensuite quel était le pire péché juste après cela. "Assassiner ta progéniture par crainte qu'il ne prenne un peu de ta nourriture, qu'il te faudra la nourrir" fut la réponse du Saint Prophète (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Puis la personne demanda quel était le péché qui suivait par degré de gravité. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) dit que c'est de faire Zinaa (l'adultère) avec l'épouse de ton voisin.

D'après un Sahîh hadîce, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit qu'il est un grand gounaah (Kabîrah) que de lancer des jurons à sa mère. Les Sahaabah (Radiyallahou anhoum‎) lui demandèrent comment une personne pourrait-elle se conduire ainsi avec sa propre mère. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) répondit que quand quelqu'un lance des jurons aux parents des autres, ceux-ci en feront de même à l'égard de ses parents. Donc c'est à travers la personne elle-même que ses parents seront la cible de jurons.

Selon Sahîh Boukharî, les actes suivants sont considérés comme gounaah Kabîrah :

1)    Faire le Chirk.

2)    Tuer quelqu'un sans aucune raison valable.

3)    Usurper le bien des orphelins.

4)    Prendre l'intérêt.

5)    Fuir le champ de bataille

6)    Porter atteinte à l'intégrité et à la fidélité d'une femme innocente.

7)    Désobéir à ses parents.

8)    Manquer de respect à l'égard du Baïtoullah.

Il y a des riwaayaat (narrations) qui, maintiennent que si quelqu'un quitte Daar-oul-Koufr (état/pays dirigé par les mécréants) pour Daar-oul-Islâm (état islamique), puis renie Daar-oul-Islâm pour Daar-oul-Koufr, il sera coupable de gounaah Kabîrah. Il en sera de même, d'après un autre riwaayat, pour celui qui :

1)    prête de faux serments ;

2)    garde l'eau en réserve et n'en donne pas aux autres qui en ont besoin ;

3)    s'adonne à la magie ;

4)    pratique la sorcellerie ;

5)    s'adonne aux boissons alcoolisées. Le vin a été décrit comme étant "le pire des Kabîrahs" ou encore "la mère des vices."

Selon un hadîce, le plus grave des gounaah consiste à calomnier un frère musulman, ce qui lui apporte le déshonneur.

Un riwaayat contient que celui qui accomplit deux Salaahs‎‎ pendant le délai alloué à une seule Salaah (c.à.d. que l'autre Salaah n'avait pas été accomplie à son heure, et donc est faite Qazaa) a commis un Kabîrah. D'après un autre riwaayat, désespérer en la bénédiction d'Allah ainsi que se ficher de la punition d'Allah, constituent des Kabîrah.

Mouslim relate un hadîce où une fois, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) répéta à trois reprises : "Ils sont perdus, ils sont ruinés" en la présence de Hazrat Aboû Zar (Radiyallahou anhou‎). Celui-ci lui demanda à qui il faisait allusion. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) répondit : celui qui

1)    par orgueil porte son Kourtah ou pantalon au-dessous de la cheville ;

2)    fait des reproches après avoir fait du bien ;

3)    s'adonne au zinaa (l'adultère) malgré son âge avancé ;

4)    continue à mentir bien qu'il soit devenu roi ou chef ;

5)    fait preuve de Takabbour (fierté/orgueil) en dépit du fait qu'il est un pauvre.

6)    fait acte d'allégeance à l'Imaam (chef), pour des raisons mondaines.

D'après les Sahihaïn (Boukharî et Mouslim) celui qui s'adonne à la médisance n'entrera pas au Paradis. Selon Naçaaî‎‎ et Mousnad Ahmad, les personnes suivantes se verront interdites d'entrer au Djannah ;

1)    Un ivrogne.

2)    Une personne désobéissante envers ses parents.

3)    Celui qui rompt les liens familiaux sans raison valable.

4)    Celui qui fait des reproches après un service rendu.

5)    Celui qui cherche à dévoiler les choses occultes à l'aide de chaïtaan et des djinnaat (génies).

6)    Celui qui tolère que ses enfants, sa femme et autres membres de sa famille s'adonnent au zinaa (l'adultère). Il est écrit dans Mouslim que la malédiction d'Allah est sur celui qui fait Qourbaanî d'un animal quelconque au nom d'un autre qu'Allah.

Qu'Allah nous préserve des Gounaah Kabîrah. (Aamîne).

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.3 No.2]