Enseigner à l'école primaire et suivre les enseignements de l'Islam

Q. Je suis enseignant du primaire ; est-ce que je peux, en tant que musulman, enseigner la musique (chants, poèmes, etc.) aux enfants à l'école, faire des dessins de personnes et d'animaux pour-être utilisés comme "teaching aids", et fabriquer, pour les enfants, des cartes de voeux pour la fête des mères, les anniversaires, etc. ?

R. L'attitude envers l'enseignement dispensé va dépendre de la nature de la matière enseignée. Si la matière enseignée est halaal et permis, alors son enseignement aussi le sera. Si par contre elle est interdite, alors son enseignement aussi sera interdit. Allah Ta'aala dit dans le Qour'aan-é-Karîm :

"Entraidez-vous dans la bonne action et la piété, et ne vous entraidez pas dans le péché de la transgression..." (5:2)

 Ce verset nous montre que de même que c'est une bonne chose que de mettre en pratique une bonne action, de même c'est une bonne chose que d'aider quelqu'un à faire le bien. Similairement, de la même façon que c'est mauvais de commettre un péché, de la même façon c'est un péché que d'aider quelqu'un à faire le mal. L'enseignement étant une forme de Da'wah et d'encouragement, il doit être analysé à la lumière du principe élaboré et évoqué par le verset mentionné ci-dessus, en tenant compte de la nature de la matière enseignée. Le principe qui en découle c'est que l'enseignement du bien est louable, appréciable et digne de récompense. D'un autre coté, l'enseignement du mal est détestable, dégoutant et punissable.

A présent, analysons point par point ce que vous nous avez demandé, ce à la lumière de la Charî'ah.

1.      LA MUSIQUE

Que dit la Charî'ah concernant la musique ? Selon un hadîce rapporté par Hazrat Aboû Oumaamah (Radiyallahou anhou‎), Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit :

"Certainement Allah m'a envoyé comme un guide et une bénédiction pour les Mou'minîne (croyants). Et j'ai été ordonné d'éradiquer les 'ma'azif et mazaameer' (les instruments de musique). " [Ahmad Bin Hambal/Ahmad Bin Mani.]

Selon un hadîce de Boukharî, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit:

"Définitivement dans mon Oummat il y aura une quantité de groupes qui considéreront comme halaal le zinaa (l'adultère), la soie, le Khamr (la boisson alcoolique) et la musique."

Selon un autre hadîce, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit :

"Il aura dans cet Oummah‎ l'engloutissement de la terre, la métamorphose et la lapidation."

On a demandé à l'Envoyé d'Allah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) quand cela arrivera. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a répondu :

"Quand les chanteuses et la musique prendront de l'ampleur et que le Khamr (la boisson alcoolique) sera considéré comme étant halaal." (Ibn Maadjah/Abd bin Houmaid)

Il est clair à la lumière des ahaadîce mentionnés ci-dessus que la musique est condamnée dans l'Islâm. Selon le Tafsîr‎ de Roûh-oul-Ma'aanî‎, Hazrat Moujaahid interprète "la voix" dans le verset 64 du Sourah 17 comme faisant référence à des instruments de musique :

"Trompe par ta voix ceux d'entre eux que tu pourras..." (V64 :S17).

Ceci démontre que la musique c'est la voix de chaïtaan. Conséquemment jouer de la musique est aussi haraam. Étant donné que l'enseignement de la musique est non seulement une invitation (Da'wah) vers quelque chose qui est haraam mais aussi une propagation de quelque chose de haraam, alors sans aucun doute cet enseignement est haraam. Enseigner de la musique est encore plus grave du fait qu'il s'oppose à la mission de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) qui a été envoyé pour éradiquer la musique. Enfin, enseigner de la musique c’est propager la musique. Donc jouer de la musique, l'enseigner, faire commerce d'instruments de musique, tout cela est haraam et oeuvre de chaïtaan.

2.      CHANTER DES POÈMES

Chanter des poèmes est permis à condition que cela n'est pas accompagné de musique et que du point de vue islamique le sens des vers n'est ni immoral ni en contradiction avec les enseignements et les conceptions de l'Islâm. De plus cela ne doit pas être chanté par une dame ou une jeune fille car une femme n'a pas le droit d'élever le ton de sa voix. C'est une offense si une femme élève sa voix surtout pour chanter des poèmes. Ce type de poème étant seulement toléré, il ne faut pas que chanter des poèmes devienne une habitude ni surtout qu'il soit utilisé à des fins de spectacle. On peut de temps en temps chanter des poèmes afin seulement de briser la monotonie mais non pas pour y éprouver du plaisir. Comme tout excès, chanter excessivement ces poèmes est nuisible. Donc le principe c'est de l'éviter autant que possible.

Quant à l'enseignement des poèmes aux élèves, ce serait louable seulement dans le cas où le contenu de ceux-ci est conforme aux valeurs morales islamiques.

3.      FAIRE DES DESSINS DE PERSONNES ET D'ANIMAUX À DES FINS PÉDAGOGIQUES

Faire un dessin relève du domaine du 'Tasweer' qui se définit comme étant la représentation de l'image d'un quelconque objet. La représentation de l'image d'un être vivant est haraam d'après la Charî'ah. Donc étant donné que dessiner des personnes ou des objets est inclus dans la définition du terme de tasweer, ces dessins sont aussi haraam.

Selon un hadîce de Boukharî Charîf, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a maudit le 'Mouswawwir' (celui qui pratique le tasweer). Selon un autre hadîce, Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) affirme que celui qui fait des dessins d'êtres vivants, Allah Ta'aala le punira en lui demandant de donner vie à tous ces êtres qu'il a dessinés.

Maintenant la question qui se pose est la suivante: peut-on considérer le cas du dessin d'êtres animés à des fins pédagogiques bien que n'étant pas autorisé comme une nécessité tout comme la photo de passeport qui est permis sur la base de la nécessité? Pour répondre à cette question, il faut comprendre ce qu'on entend par nécessité selon la Charî'ah. D'après la Charî'ah, toutes sortes de difficultés ne peuvent être considérées comme étant de la nécessité. Par exemple, ce n'est pas parce qu'on est en train d'éprouver de la difficulté à manger une nourriture peu délicieuse qu'il faut autoriser la consommation d'une nourriture haraam mais délicieuse, sur la base de la nécessité : car dans toutes les injonctions un peu de difficulté est inévitable.

La nécessité enlève l'interdiction dans le cas où on est contraint de pratiquer l'interdit (le haraam) afin de ne pas subir des conséquences et des dommages graves et insupportables comme le risque de perdre la main, le pied, de contracter une maladie, de l'aggraver, ou la crainte de perdre la vie. Dans une telle situation, afin de sauver sa vie, prononcer la parole de Koufr est aussi autorisé. (Réf. V106/S16). Similairement, la consommation du porc est aussi autorisée pour une personne qui n'a rien à manger pour sauver sa vie. Le Qour'aan à ce sujet dit :

"Certes, Allah vous interdit la bête morte, le sang, la viande de porc et tout animal sur lequel on aura invoqué un autre nom que celui d'Allah. Nul péché ne sera imputé à celui qui serait contraint d'en manger sans toutefois abuser ni transgresser, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux." (2:173)

Est-ce que faire des dessins comme 'teaching aids' est indispensable à l'enseignement ? Il est difficile de répondre par l'affirmative car on apprend beaucoup de choses sans nécessairement utiliser des dessins. Cela veut dire que les dessins sont une aide et une facilité mais ne sont nullement indispensables. Évidemment il ne sera pas autorisé de commettre un acte haraam pour quelque chose qui n'est pas indispensable. C'est-à-dire que dessiner des êtres animés n'est pas permis. Même si ce genre de dessin aurait été indispensable, il n'y aurait pas eu de raisons suffisantes pour qu'il soit autorisé car il sera utilisé pour un but qui lui n'est pas indispensable. Cependant il y a un problème pratique qui se pose. Si ce genre de dessin est imposé par l'autorité concernée et que la personne (l'instituteur) est contrainte de travailler avec cette autorité pour des raisons économiques et que cette personne n'est pas en mesure d'utiliser des dessins d'objets non-animés ou d'êtres animés mais avec la tête cachée, voilée ou omise, alors dans ce cas, ce sera toléré jusqu'au moment où en attendant d'avoir un autre emploi. Entretemps, la personne doit le faire avec le dégoût dans le coeur et doit continuellement implorer le pardon d'Allah Ta'aala. Mais si cette méthode n'est pas imposée par l'autorité comme une condition à l'emploi ou si cette personne n'a aucune contrainte économique qui l'oblige à continuer de travailler, alors il ne lui sera pas permis de faire ce travail juste pour être promu ou comme un passe-temps ou pour le plaisir d'enseigner; parce que dessiner des êtres vivants c'est haraam et quand on enlève l'interdiction en fonction des contraintes, on enlève que la quantité nécessaire.

4.  LA FÊTE DES MÈRES / CARTES DE VOEUX

Nous avons deux fêtes : Eid et Baqr Eid. Quant au respect et à l'obéissance de la mère et du père, nous devons l'observer tous les jours, à chaque instant. La fête des mères en tant que fête n'est pas reconnue dans l'Islâm. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam), à travers son enseignement a montré à l'humanité la valeur de la mère quand il a dit que le paradis se trouve sous le pied de la mère. Nous n'avons besoin de personne pour nous enseigner comment respecter et aimer une maman. Fixer un jour spécifique pour célébrer la fête des mères n'est pas en accord avec les principes islamiques. C'est une innovation introduite par les Kaafirs. Les musulmans n'ont pas le droit de célébrer ce genre de fête. C'est une imitation des coutumes des non-musulmans. Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit :

"Celui qui imite un peuple alors il sera considéré comme, faisant partie de ce peuple."

Nous devons aussi prendre en considération le cas de ces enfants aux coeurs faibles et tendres qui n'ont pas de maman.

L'anniversaire également n'existe pas et on n'a pas le droit de le célébrer. C'est une coutume, une pratique des kaafirs. Fabriquer des cartes pour la fête des mères et pour les anniversaires c'est une contribution dans la promotion des pratiques des kaafirs. Donc il est interdit de fabriquer des cartes semblables.

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.3 No.5]