I'lm-é-Dîne et barakah dans ce I'lm

Une personne gagne un salaire bien gras mais en un rien de temps il se trouve sans le sou et conséquemment il doit contracter des dettes pour survivre. Par contre, une autre personne, malgré un maigre salaire, subvient modestement à ses besoins, à ceux de sa famille et, par-dessus le marché, arrive à faire des économies. Ainsi, on dit que la première personne gagne beaucoup d'argent mais point de barakah, tandis que la seconde reçoit du barakah dans le peu qu'il gagne. On peut donc conclure que gagner de l'argent est une chose mais qu'avoir du barakah dans cet argent est une toute autre : elles ne vont pas nécessairement de pair.

De même posséder I'lm-é-Dîne qui contient ou non du barakah sont deux choses tout à fait différentes. L’'I'lm qui contient du barakah est celui qui prend fermement racine dans le coeur et dans l'esprit, ce qui apporte le Yaqîne (la conviction) à la personne. Le Yaqîne découle donc du l'I'lm qui jouit du barakah.

Très souvent voyons-nous des érudits du Dîne qui ne profitent point de leur grande connaissance, tout comme l'opulence d'une personne n'arrive parfois pas à lui procurer le bonheur. Inversement, il y a ceux chez qui on peut facilement déceler l'effet bénéfique de leur connaissance (si petite soit-elle) de par leur comportement et leur caractère. C'est parce qu'ils jouissent du barakah dans leur I'lm, contrairement à la première catégorie de personnes, dont la conduite et l'esprit ne portent aucune empreinte évocatrice de leur savoir. Cela explique le conseil donné par Wakî (R) à Imaam Chaafi'î (R) quand ce dernier se lamenta de la faiblesse de sa mémoire : 'Évite le péché car l’I'lm est un Noûr qu'Allah n'accorde pas à une personne désobéissante'. Ce conseil peut nous sembler insensé car n'est-il pas vrai que les péchés des personnes perverses, ainsi que la désobéissance des personnes rebelles ou encore le Koufr des infidèles ne les empêchent point de devenir des érudits du Dîne ? Mieux encore, ils possèdent une connaissance que les bons pratiquants et même les savants n'ont pas. Mais il est tout aussi vrai que la connaissance du Dîne que possèdent ces mécréants ne leur apporte aucun profit réel, car ni leur comportement, ni leur caractère en bénéficient. Un tel savoir, qui, bien qu'absorbé par le cerveau, ne peut atteindre le coeur est dénué de barakah. Donc, d'après Wakî (R), la connaissance dont les désobéissants sont privés est la connaissance qui comporte le barakah, le I'lm Nâfi (la connaissance bénéfique) pour lequel Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a fait Dou'aa.

Cette connaissance ne peut être puisée des livres car elle n'est acquise que par inspiration divine. C'est à propos de ce savoir même que Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) a dit : "Celui qui agit selon sa connaissance, Allah Ta'aala lui inspirera des choses qu'il ne savait pas." Quand une personne jouit du barakah dans sa connaissance, vous la verrez lire le Sourah Yaasîne le matin et le Sourah Al-Moulk (Tabarakallazî) la nuit avant d'aller se coucher bien qu'elle ne puisse lire couramment. Par contre, il est malheureux de constater que bon nombre de personnes qui peuvent lire le Qour'aan sans difficulté n'ont pas le Taufîq de lire ces Sourah là. La différence résulte du manque de barakah dans le savoir. Ainsi, les Aa'maal-é-Saaliha et le bon comportement sont engendrés par le barakah dans la connaissance.

La connaissance peut être acquise au moyen de livres mais pour qu'elle soit remplie de barakah, il faut apprendre en la compagnie des "Saalihîne" qui, étant les héritiers de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam) sont les dépositaires du Yaqîne. Les livres consolident le savoir mais la fermeté dans les Aa'maal qui constitue le Yaqîne, n'est obtenue qu'en demeurant en la compagnie des Saalihîne. Ainsi, les Sahaabah‎‎-é-Kiraam (Radiyallahou anhoum‎) ont bénéficié de cela à travers le "Souhbat" (la compagnie) de Raçouloullah (Sallallaahou A'laihi Wasallam). Ce dernier a fait le Dou'aa suivant : ‎‎ Allah ! Accorde-moi un ‘I'lm Naafî (bénéfique)." Si on peut juger, par ce hadîce, de la valeur de I'lm-é-Naafî, l'importance de la compagnie des Mashaaikh (pluriel de Cheïkh-guide spirituel) en est tout aussi évidente, car sans cela, l'acquisition de I'lm-é-Naafî est pratiquement impossible.

[EXTRAIT DE AL HAADÎ Vol.3 No.1]