Priorité dans la vie

Waadjib veut dire une pratique obligatoire. De la même façon, Farz aussi signifie une pratique obligatoire. Mais, techniquement, il y a différence entre les deux. Une pratique Farz est basée sur une preuve catégorique. Donc son degré d'obligation aussi est plus fort. Par contre la preuve d'une pratique Waadjib n'est pas si catégorique. Il y a une légère réserve et un certain manquement dans son degré d'obligation. C'est pour cela qu'il est moins qu'un Farz.

Un des avantages de savoir le degré de chaque pratique, se voit lorsqu'on a peu de temps qui nous permet de faire une pratique ou une autre. Dans cette situation, si on connait le degré de ces deux pratiques-là, alors on saura quelle pratique donner priorité. On ne fera pas l’erreur d'abandonner une pratique plus importante pour une pratique moins importante. Prenons comme exemple, si le soleil se lève dans quelques instants et on a peu de temps qui nous permet de faire, soit les deux Sounnah de Fadjr ou les deux Farz de Fadjr. Alors, on fera les deux Farz. Similairement, si on se voit obligé de choisir entre accomplir une action qui est Farz et une autre qui est Waadjib, alors puisqu'on connait le degré de ces deux pratiques-là, on fera ce qui est Farz avant de faire ce qui est Waadjib.

C'est par ce même manque de connaissance que beaucoup parmi nous commettent de nombreuses gaffes dans la vie, à plusieurs niveaux. Il se peut que notre frère ou notre sœur soit dans une grande difficulté financière. Mais on constatera qu’il est très rare et qu’il y a très peu de gens parmi nous qui auront la volonté et le courage de mettre de côté leur Oumrah Nafil, afin de venir en aide à leur frère ou sœur en difficulté, en utilisant cette somme.

Les dépenses exorbitantes, démesurées et inutiles qu'on fait dans les mariages aussi peuvent être incluses dans ces gaffes qu'on commet, sans tenir compte de ces frères et sœurs qui n'ont pas les choses de base pour mener leur vie.

Il y a une catégorie infime qui ne fait pas ainsi. Leur raison est différente. Il y a ceux qui ne le font pas parce qu'ils n'aiment pas dépenser. Mais, ceux qui agissent vraiment bien, sont ceux qui s'abstiennent parce que ce n'est pas permis dans la Charî'ah. Et les meilleurs, sont ceux qui abstiennent à cause de Deen et en sus de ça, ils le réservent afin de pouvoir l’utiliser là où il sera profitable. Et cela inclut d'aider ceux qui sont dans une difficulté et un problème. Cette troisième catégorie est extrêmement rare. Les Sahaabah-e-Kiraam (Radiyallaahu Anhum) travaillaient comme porteurs dans le marché uniquement pour pouvoir donner en Sadaqah. C’est une façon exemplaire que les Sahaabah-e-Kiraam (Radiyallaahu Anhum) ont présentée. Un exemple qu'on ne voit pas se répéter partout.

Cette façon d’agir se retrouve en ceux dont le cœur est grand ouvert pour Aakhirah. Ce dernier est incomparablement supérieur et meilleur que Dounia. Donc, ils ont vécu selon ce qu'ils ont compris et ont ainsi investi Dounia pour récolter Aakhirah. Cela est un stage très avancé de ‘Ilm (connaissance) et un degré de connaissance très remarquable, qui ne permet pas à la personne de trahir ce qu'elle connait. Elle vit sa connaissance et elle accepte de sacrifier son Dounia afin d'être gagnante dans Aakhirah.

C’est cette même manière qui fait une personne préférer un peu de Halaal plutôt que beaucoup de Haraam. Elle se contente d'un emploi modeste, parce qu'il est Halaal, au lieu d'accepter un grand poste, très prestigieux, uniquement parce que c'est Haraam.

Une personne a beaucoup de choses à faire dans la vie. Il y a des choses qu’on considère comme important de faire, tandis qu'en réalité, elles ne le sont pas. Le contraire aussi est très vrai. C'est-à-dire, qu’il y a des choses qu'on ne considère pas nécessaires, mais pourtant, elles peuvent l’être ou sont même, indispensables. L’erreur qui est commise en choisissant ce qui doit être fait, conduit les gens à gaspiller leur vie dans des choses inutiles, au détriment de leur bien-être réel. Il y a un seul moyen pour pouvoir éviter cette erreur. C’est suivre Charî'ah, car c’est Charî'ah qui définit l’importance de chaque mouvement, chaque activité et chaque pratique. Elle catégorise la priorité de chacun et guide les gens à accomplir chaque pratique, dans un ordre prioritaire. Il y a une branche dans Charî'ah qui s'appelle Fiqh. C'est cette branche même qui explique ce domaine. Par exemple, de nos jours, les 'Oulamaa disent qu'il ne faut pas faire trop d’efforts pour pouvoir  embrasser Hadjr Aswad. Les gens peuvent penser qu'on est en train de décourager une pratique aussi vénérée, comme embrasser Hadjr Aswad, alors que c'est Sounnah. Mais les 'Oulamaa savent qu'à l’époque actuelle, à cause de la foule, il est difficile de le faire sans donner Takleef aux autres. Or, donner Takleef à un Musulman est Haraam et embrasser le Hadjr Aswad est une Sounnah. Est-il sage de commettre un acte Haraam en vue de pratiquer une Sounnah ? Certainement, non. On connait ces raisonnements à travers les Fouqahaa.

De la même façon, à l’époque de Qourbaanî, il y a ceux qui ne cessent de s'occuper et de s'engager dans l'accomplissement du Qourbaanî et dans la distribution de la viande, au point qu'il arrive aussi qu'ils n'accomplissent pas la Salah Zohr. Sans doute, c’est une erreur très grave que les gens ont tendance à ne pas s'en rendre compte. Il vaut mieux ne pas faire Qourbaanî si celui-ci vous fait négliger la Salah à l’heure ou la négliger complètement.

Similairement, beaucoup négligent leur Salah à l’heure, pendant leur voyage de Hajj. Pourtant, les 'Oulamaa disent que le Hajj même ne devient pas Farz, si cela nécessite ne pas accomplir la Salah à l'heure prescrite. Malgré cela, beaucoup de gens ne prennent pas cela en considération, parce qu'ils attachent plus d’importance au Hajj qu'à la Salah. C'est pour cela qu'on voit beaucoup de Haaji qui ne font pas la Salaah. C’est le manque de connaissance qui ne nous permet pas de différencier entre important et plus important. On doit savoir que le plus important, c’est la Salah. On n'a pas le droit de la sacrifier pour une chose qui est « moins importante ». Si une personne se trouve dans l'une des 2 situations suivantes : soit, elle accomplit sa Salah Esha à l’heure et manque sa présence à ‘Arafah, ce qui, par conséquence, la fera manquer son Hajj ou alors, elle accomplit son Hajj mais elle manquera son Esha, alors, selon certains 'Oulamaa, elle ne doit pas manquer Esha, même si cela la fera manquer sa présence à ‘Arafah. Il est vrai que compte tenu des problèmes d’ordre pratique, un groupe de 'Oulamaa conseille de faire la Salah en marchant, pour ne pas manquer Wouqouf à ‘Arafah et ensuite, de remplacer la Salah Esha. Selon ce groupe de 'Oulamaa, il n'est pas facile à tout le monde d'avoir l’occasion de retourner à Makkah pour remplacer ce Hajj. C'est pour cela qu'ils ont choisi une façon pour ne pas manquer le Hajj, mais en prenant soin de ne pas laisser ce moment-là passer sans accomplir la Salah Esha.

Pour comprendre les priorités dans notre vie, on doit nécessairement suivre la recherche d'une catégorie de 'Oulamaa qu'on appelle Fouqahaa. Fouqahaa est le pluriel de Faqîh, qui signifie un ‘Alim qui est un expert dans le domaine de Fiqh. Beaucoup de gens ont mal compris le Fiqh. Ils le présentent en opposition avec le Qur’aan et le Hadîce. C’est une erreur capitale qu'une personne qui possède véritablement la connaissance ne peut commettre. Fiqh est l’essence et l'extrait de Qur’aan et Hadîce. Un Faqîh est celui qui maitrise ce domaine-là.

Un Faqîh définit la structure d'une Ibaadah. Il catégorise la valeur et l’importance de chaque partie d'une Ibaadah. Prenons, par exemple, la Salah, qui est constituée de plusieurs parties et de différents « pièces ». Un Faqîh démontre le statut et le degré d’importance de chaque partie. Un Faqîh puise ces détails à partir du Qour'aan-é-Karîm et le Hadîce, en utilisant certains principes et règlements. Ce sont des détails, que d’ordinaire, les gens ne connaissent pas et qui ne sont pas à leur portée. C'est comme le ghee ou beurre clarifié, qui est dérivé du lait. Bien que ce ne soit pas tout le monde qui connaisse le dériver, néanmoins, il est présent dans le lait et il est issu de ce même lait. Donc, il est très difficile -pour ne pas dire impossible-, d'avoir une idée exacte d'une pratique et d’en comprendre la structure, sans suivre la recherche d'un Faqîh. Prenons le Hajj, qui est constitué de plusieurs parties et de différents rites. Ces parties-là n'ont pas le même degré ni niveau d’importance. C’est un Faqîh qui définit et statue le niveau de chaque partie. On apprend l’importance de Tawaaf-e-ziyarat et l’indispensabilité de Wouqouf-e-‘Arafah par rapport au Hajj, à travers la recherche d'un Faqîh même. Sinon, on aura tendance à traiter chaque partie du Hajj à titre égal ou à considérer et attacher de l’importance à une partie moins importante, davantage qu'à une autre partie, qui elle, est plus importante.

Vous pouvez savoir beaucoup de choses, dans tous ses détails, mais sans avoir la volonté de les pratiquer. Par exemple, nous savons tous la valeur de la Salah Tahajjud, mais très peu parmi nous ont la volonté de la pratiquer. La volonté de pratiquer ce qu'on connait nécessite un autre niveau de formation. Cette formation s’acquiert à travers les Mashaikh et les Soufia-e-Kiraam. Ce sont les personnages qui se sont débarrassées totalement des Akhlaaq (caractère) malsains et ont inculqué en eux les Akhlaaq-e-Hameedah (caractères nobles). Ils ont atteint ce niveau élevé et noble, à travers Moudjahadah. Moudjahadah est un combat et une lutte qu'une personne mène contre ses passions et ses désirs, qui l’empêchent de venir vers Allah Ta'aala. Ce combat est un combat qui continue jusqu'au dernier soupir de la vie. Ce combat parait très difficile dans son stade préliminaire, mais graduellement, il devient facile et agréable. Une personne doit suivre cette formation sous la supervision de quelqu'un qui est déjà formé. Ceux qui sont formés sont les Mashaikh. Donc, on doit suivre les Fouqahaa, les Mashaikh et Soufia, pour pouvoir pratiquer Dine comme il faut. Sinon, soit, on ne saura pas bien ce qu'on doit faire ou alors, on n'aura pas la volonté de pratiquer ce qu'on connait. Or, il est important de savoir ce qu'on doit faire et on doit avoir la volonté de pratiquer ce qu'on connait.

[Version française de "Priorité dans la vie" – Al Jamiat – Vol. 8 No. 6]